INTERVIEW : CECILE… NO REGRET

cecile

 

No Regrets, un enregistrement de circonstance chanté par Cécile Mc Lorin Salvant en 2010, année où elle vient de remporter la plus belle récompense, le prix Thelonious Monk. Elle a 20 ans, le même âge qu’ Ella Fitzgerald quand elle a enregistré A-Tisket-A-Tisket, le même âge aussi que Sarah Vaughan avec I’ll Wait and Pray ainsi que Billie Holiday pour Big City Blues. Enregistré à New York le 9 juin 1930 avec, au piano James P. Johnson with  the Bessemer Singers.
Il est toujours difficile de vouloir comparer une artiste à une autre mais il est facile de
dire que pour ceux qui ont écouté cette chanteuse franco américaine, le jazz a découvert la voix qui manquait depuis longtemps. Pour l’instant, son parcours est simple à tracer,
arrivée de Miami en France avec un bagage musical lyrique, elle va découvrir le jazz au
Conservatoire d’Aix-en-Provence avec le saxophoniste Jean-François Bonnel, le même qui
avec son quintet a enregistré No Regrets.
Depuis, le public azuréen a pu l’entendre trois fois, d’abord à Jazz à Domergue à Cannes, elle gagne aussi le prix du Jazz Vocal Thelonious Monk en 2010. Le deuxième concert a eu lieu l’an dernier au Nice Jazz Festival un 8 juillet, là encore, elle vient de remporter un Grammy Awards, pour ce concert, elle mêle humour et émotion quand elle reprend, par exemple, un texte de Judy Garland « …elle lui sert un verre de vin… quand il rentre le lendemain, elle a ses bigoudis… il part au boulot… il ne reviendra pas… ». Sa troisième visite est encore à Nice le 4 avril dernier au Théâtre Lino Ventura, toujours avec son trio, Paul Sikivie à la contrebasse,Lawrence Leathers à la batterie et l’extraordinaire pianiste et arrangeur Aaron Diehl avec qui, elle avait enregistré Woman Child en 2013. Cette année, un concert aussi fort que les précédents, où elle alterne standards
ou textes peu connus comme celui chanté en français et retrouvé chez le poète haïtien Ida Salomon.
Dans tous ses récitals, surtout en France, elle fait toujours une belle part
aux grands interprètes français, Barbara, Trenet, ce soir là, c’est Michel
Legrand et les Parapluies de Cherbourg.

« …La première fois que je l’ai vu, j’ai pleuré, après j’ai continué de regarder cette scène du film en pleurant à chaque fois et,là, je me suis dit, il faut
que ça cesse, il faut juste que je chante la chanson dans un autre registre,
j’aime chanter aussi Joséphine Baker, elle est drôle et en même temps
quand je l’entends, le fond c’est terrible et chez  toutes les filles noires aujourd’hui
qui vivent en France, aux États Unis, je sais qu’à un moment, il y a eu cette
pensée là, je l’ai eu quand j’étais petite et donc, c’est quelque de chose de très vrai,
il faut être un peu conscient de ça, de ce problème… pour rester dans mes préférés
français, il y a aussi Trenet, j’ai choisi la Route Enchantée, j’aime aussi Barbara pour les chansons d’amour, ça fait partie des plus belles chansons qui existent et puis aussi celles avec un peu d’humour, c’est super important de rire et de ne pas trop se prendre au sérieux il faut prendre la musique au sérieux et ne pas se prendre au sérieux… »
Une grande partie de son répertoire est tirée des grands interprètes américains, notamment féminines qui ont marqué leurs époques où souvent leurs vies au quotidien ne furent pas toujours celles des divas comme Bessie Smith,
Cécile a interprété a cappella « Baby have pity
on Me » ou encore Judy Garland qu’elle admire :

« Quand on voit qu’elle était gamine et la maturité qu’elle avait dans son interprétation,
c’est incroyable, je crois que je n’ai jamais vu ça… en général, la vie de ces femmes
m’intéresse comme la soeur de Cab Calloway, Blanche Calloway qui était une des premières femmes à diriger un big band avec des hommes, elle a du être vraiment forte pour être prise au sérieux, ça me touche beaucoup,le jazz, ça reste quand même un monde de mecs… il y a des femmes de plus en plus mais, moi j’ai beaucoup d’admiration pour celles qui ont vécu tout ça, pour faire quelque chose de
forte intensité, elles l’ont fait ressentir dans leur musique d’une façon positive… je suis
aussi très sensible aux textes de Léo Ferré età l’émotivité dans la voix de Jacques Brel et j’aimerais bien pouvoir chanter quelques titresdu guitariste country Steve Earle, vous savez je suis très éclectique dans ce que j’écoute et souvent avec un morceau ça fait tilt, je pense à l’instant à Léonard Cohen, à Joni Mitchell ».

J-P. L. : Vous voyagez beaucoup, vous emportez
des livres ?
Cécile : Oui, oui, en ce moment, j’ai la Confusion des Sentiments de Stefan Zweig, Beloved  de Toni Morisson, A la Recherche du Temps Perdu de Proust, ça fait déjà deux ans que je suis en train de le lire, j’avance très, très lentement… je viens de finir un livre de Kôbô Abe qui m’avait vraiment troublé, ça m’a donné des cauchemars, ça s’appelle Secret Rendez vous,c’était horrible et pas mal en même temps… la lecture, ça fait partie de mes plaisirs quand je voyage…
J-P. L. : Vous avez d’autres choses que vous aimez bien faire ?
Cécile : J’adore dessiner,j’adore peindre avec de
l’aquarelle, des gouaches, c’est quelque chose qui me calme surtout pendant
les voyages et là, pour mon prochain disque, la couverture ce sera quelque
chose que j’ai peint et tout l’intérieur du disque, ce sera avec mes paroles et mes
illustrations à côté, il va sortir en août.
Ce sont certainement les parisiens qui découvriront ce CD car cette déjà grande dame du jazz sera le 5 septembre au festival de jazz de La Villette.

Ecrit par Jean-Pierre Lamouroux

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