Interview : Jacques Ferrandez

Interview : Jacques Ferrandez

BD Ferrandez

Jacques Ferrandez est auteur et dessinateur de B.D. Parmi sa nombreuse production, il a publié quatre titres autour du jazz, « Nostalgia In Times Square » (1987), deux tomes consacrés à Miles Davis chez Nocturnes ainsi qu’un album-CD « Paris Jour & Nuit » (Art Moderne). Il est aussi contrebassiste de jazz.

Avez-vous commencé par dessiner ou par jouer de la musique ?

Bonne question, je dessine depuis très jeune, dans les marges des cahiers, des bouts de papier, ma mère a des dessins réalisés à 4 ou 5 ans. Pour la musique c’est un peu pareil, mon père qui était violoniste m’a mis au violon dès 6 ans.

Vous êtes donc passé du violon à la contrebasse ?

Non j’ai fait un assez long break mais l’instrument et le son me fascinaient. J’ai bricolé une contrebasse en assez mauvais état que m’avait donnée un copain. Et je m’y suis mis en autodidacte vers 18 ans.

On a tous dans la tête des photos très célèbres de jazzmen. Telle celle de Dexter Gordon par Herman Leonard. Les musiciens en concerts sont souvent photogéniques. Est-ce que ce milieu est aussi pour vous fascinant à dessiner ?

Tout à fait, mais le jazz a une esthétique qui est peut-être un peu dépassée, dans les années 40 et 50, le jazz était la musique des jeunes. Maintenant, il suffit d’aller à un concert un peu exigeant, on y voit plus de cheveux blancs que de tatouages et piercing (sourire). Cependant cela reste un toujours quelque chose qui du point de vue image est photogénique et qui inspire beaucoup quand on est dessinateur. Surtout quand on est à la fois dessinateur et musicien.

Pour dessiner des scènes avec des musiciens, vous arrive-t-il de vous inspirer de votre propre expérience en tant que musicien ou spectateur ?

Quand je fais une BD, je suis au service d’un scénario, d’une histoire à raconter, même pour une seule image comme une affiche ou les couvertures pour Jazzman. Il y a une mise en scène autour des musiciens, des instruments, il y a toujours une contrebasse, un saxophone, une batterie, puis on tourne autour du sujet pour essayer de renouveler l’image. Ce qui n’est pas évident d’ailleurs car les musiciens en scène c’est toujours un groupe un peu compact autour du piano ou de la batterie ou du soliste, il faut renouveler son vocabulaire graphique avec ces constantes!

Est-ce que vous abordez une BD sur le jazz comme « Nostalgia In Time Square » de la même façon que celles sur l’Algérie ou sur l’arrière-pays ?

Oui, car j’ai un dessin assez réaliste et il y a toujours un travail documentaire. Quand je dessine une rue de New-York, il faut que cela soit vraiment une rue de New-York, idem pour les instruments quand je dessine un groupe sur scène j’essaye de faire en sorte que cela corresponde à une certaine vérité. Quand j’ai fait « Nostalgia… » Patrick Raynal, le scénariste m’avait donné beaucoup de photos avec l’itinéraire que pouvaient suivre les personnages. A chaque coin de rue, j’avais la photo qui correspondait. Et quand je dessine un loft avec toute une foule qui écoute des jazzmen, j’improvise, comme on le ferait en jazz d’ailleurs, pour boucher les trous là où je n’ai pas de documentation.

Pourquoi vous avez choisi Miles Davis, à ses débuts pour vos Bd chez Nocturnes. Pour le personnage, pour sa musique ou pour l’époque ?

L’éditeur avait le droit d’utiliser les bandes pour faire les disques à condition qu’elles aient plus de 50 ans. Une collection un peu muséale. Je l’avais vu souvent en concert et puis sa vie est une véritable aventure. J’ai donc fait un premier tome sur les tout débuts de Miles quand il arrive à New York pour s’inscrire à la Julliard School mais surtout pour retrouver 2 musiciens avec lesquels il avait joué, Gillespie et Parker. Puis j’en ai fait un autre, en 1958, qui tourne autour de la période où Miles se fait taper dessus par un flic qui ne veut pas croire qu’il est musicien.

Votre actualité, vos prochaines parutions ?
Là c’est tout à fait différent, c’est une bande dessinée sur la gastronomie, le second tome de « Frères de terroirs » avec le cuisinier Yves Camdeborde, chez l’éditeur Rue de Seves

Dans un petit encadré :

  • Une rapide playlist, vos coups de cœur ?
  1. Miles « Kind Of Blue »
  2. Bill Evans, le coffret en trio au Village Vanguard.
  3. Keith Jarret trio « At The Blue Note »
  4. Brad Meldau « The Art of The Trio »
  5. Charlie Haden & Keith Jarrett « Last Dance »

BD Ferrandez 2

Ecrit par Jacques Lerognon

2 Commentaires

  1. Pingback: #INTERVIEW #JacquesFerrandez #BDJazz par | Imago records & production

  2. Poulpy 28 janvier 2017 12 h 22 min / Reply

    « J’ai bricolé une contrebasse en assez mauvais état que m’avait donnée un copain. Et je m’y suis mis en autodidacte vers 18 ans. » …… et voila comment on réécrit l’histoire !

    J’ai été témoin de la première fois où il tiré sur une corde de contrebasse. C’était en Corse, à l’hôpital d’Ajaccio. Nous étions invités chez des amis, Ginoux et Georges, pour une grande fiesta à l’ internat de l’hosto. Georges, interne en chirurgie, en réalité le chef du service de chirurgie, avait récupéré chez un ami vendeur d’instruments d’occasion une contrebasse dont le manche était cassé, et l’avait réparé en l’évidant pour y mettre une broche qui sert pour les fractures osseuses, vissée dans le manche, puis avait noyé le tout dans de l’araldite et recollé la touche…. et il faisait ses débuts sur cette contrebasse pour la fiesta du lendemain. Djack l’a essayée, ça lui a plu, Georges est redescendu chez le vendeur et il est revenu avec une autre contrebasse dont le manche était cassé aussi, et a pratiqué la même opération, puis a passé une radio de contrôle pour nous montrer que la fracture était bien réparée, et Djack a repris l’avion pour Nice avec sa contrebasse sous le bras. Comme ce ne pouvait pas être antérieur à 1979/80, faites le calcul de son âge à l’époque …. Bon me direz vous, il y a plus de trente ans, donc il y a prescription ! 🙂

    PS : c’est vrai que cette contrebasse n’était pas terrible, elle avait un défaut de positionnement du manche, qui n’était pas parallèle aux cordes, trop écarté du côté du corps. Mais elle lui avait cependant mis le pied à l’étrier, si j’ose dire !

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