#Jazz et #politique : Nina Simone de la révolte à la rage

Grande prêtresse du jazz vocal et figure emblématique de la campagne des droits civiques afro-américains, dans les années 60, Nina Simone écrivait des chansons comme certains prenaient les armes. Celle qui fréquentait assidument Martin Luther King Jr. n’a jamais prônée la non-violence dans la lutte pour l’Egalité des droits du peuple noir dans une Amérique ségrégationniste. Son Arme politique. Sa musique gospel, blues, soul, Jazz ; cette étiquette « Jazz » qu’elle haïssait parce qu’inventée par les Blancs pour identifier les Noirs.

Le discours des grands orateurs, Martin Luther King Jr, Malcom X, Stokely Carmichael, émancipe les consciences et effraye une Amérique Blanche raciste qui se croyait sécurisée. Nina Simone rêve d’être libre, de changer l’Amérique. Son engagement sera viscéral. Le bouillonnement insurrectionnel ne tardera pas à ses faire entendre outre-Atlantique.

1963 fait date dans  son implication artistique et politique. Les évènements de l’été, l’assassinat de Medgar Evers et l’attentat du Ku Klux Klan dans une église à Birmingham (Alabama), sonnent la fin des compromis pour Nina Simone. L’artiste déchirée répond à sa manière avec un texte au vitriol, Mississipi Goddam (Wild in the Wind, 1965 -Phillips).

« Alabama gottenme upset / L’Alabama me rend folle/ Tennessee made me loose my rest / Le Tenesse me fait perdre le sommeil / And every body knows about Mississipi Goddam! / et tout le monde sait ce qu’il se passe au Mississipi. Bon sang ! / Cant you see it?/ Vous ne voyez pas ? / Hound dogs are on my trail / La meute de chiens est à mes trousses… »

La chanson a l’effet d’une bombe et récolte le boycott des radios locales. Ce titre, pierre angulaire de l’engagement politique de l’artiste sera adoptée par les militants (Selma le 7 mars 1965). Forte d’une popularité artistique grandissante, la pianiste compose, enregistre, enchaine les concerts et porte outre atlantique le message. Sur le front de la contestation, des hommes tombent, Malcom X est assassiné en février 1965. Le mouvement Black Power revendique le Nationalisme noir, la dignité raciale, l’autonomie politique et économique l’émancipation de la tutelle des blancs. 

« Four Women » tombe à pic. De sa voix soul et théâtrale, Nina Simone effeuille les portraits de 4 femmes noires emprisonnées par une Amérique blanche raciste. Cette malédiction, elle la connait bien. Aunt Sarah, noire au cheveux laineux et dos robuste. La métisse Safronia entre 2 mondes et, dont la mère a été violée par un riche blanc, Sweet Thing la prostituée, Peaches prête à tuer le premier « Mother » (salauds de blanc). Le morceau, jugé insultant, est boycott dans les média américains. Nina Simone, elle, met en musique la femme afro américaine pour qui la dignité est un droit.

1967 pointe à l’horizon. La campagne pour les droits économique et sociaux fait des émules dans la société blanche. Le FBI chasse les communistes. La guerre du Vietnam échauffe les esprits Nina Simone milite pour la déségrégation, la réunification, l’Egalité sociale, la liberté. Nina Simone possède une voix d’exception qui lui permet de tout chanter et de dire.

« Blacklash blues » co-écrit avec Langston Hugues interroge le blanc conservateur.

« Tu augmentes les taxes / tu envoies mon fils au Vietnam / tu me donnes des maisons de seconde classe ! Pense tu que les gens de couleurs sont des imbéciles de seconde classe ? »

La mort de Martin Luther King Jr en avril 68 a ébranlé physiquement Nina Simone qui lui dédit « Why ? ».  A New York, elle laisse éclatée sa violence et harangue la foule sur scène: « Vous êtes prêt à démolir le monde de Blanc, à incendier les bâtiments. Vous êtes prêts ? ». Hurle-t-elle.

L’artiste surdouée de sa génération ne retient plus sa virulence avec « Young, gifted and black » jeune douée et noire (juin 1969). Un slogan en devenir au parfum sixties.

Traquée par le FBI, Elle va quitter son Amérique natale pour les caraïbes, l’Afrique puis l’Europe. Ses parutions discographiques peu à peu délaissées au profit d’un militantisme politique souvent violent. La fragilité, la solitude, puis la maladie se referme sur  Nina Simone le 21 février 2003 dans le sud de la France. La grande voix des droits civiques laisse en héritage une cinquante d’albums inclassable dont les textes choisis n’ont perdu ni de leur force ni de leur justesse. Sommes-nous égaux en droits malgré notre différence de peau et de sexe ?

Ecrit par Lawrence Damalric

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