#Jazz & #Histoire : Comment expliquer le mariage incongru des mafias et des jazzmen ? 1 La Kosher Nostra

Cette affinité remonte à la fin de la guerre de Sécession. Vers 1870, la vague d’immigration des Italiens du Sud et des Juifs d’Europe centrale atteint un Sud blanc ulcéré par la défaite devant le Nord.  Siciliens et Juifs se lancent dans les trafics illicites et créent des mafias, pendant que les musiciens noirs montent des groupes. L’accueil sévère du public blanc pour les polyphonies noires poussera les pionniers du jazz dans les bras des voyous.

Tous les trafiquants d’alcool sont mes copains », clame Bessie Smith. Certains d’entre vous l’ignorent, mais la mafia juive, celle que l’on surnommait la Kosher Nostra (en comparaison à la Cosa Nostra, mafia sicilienne) était un des milieux les plus actifs du grand banditisme organisé américain. En ouvrant à cette époque de très nombreux night-clubs à New York, Chicago ou Kansas City, ils ont permis aux musiciens noirs, longtemps réduits à l’état de semi-vagabonds, de travailler dans des conditions artistiques et financières décentes, leur offrant ainsi la possibilité d’épanouir leur talent.

Les plus représentatifs de cette organisation mafieuse sont Meyer Lansky, l’ami d’enfance et associé de Lucky Luciano, Bugsy Siegel, Moe Dalitz, Longy Zwillman et Doc Stacher. Les patrons des mafias juives créent des clubs élégants et confortables donnant un rôle plus important au spectacle, à la danse et la musique. Pour cela, ils vont faire appel massivement aux musiciens de Jazz, d’autant que ce style de musique suscite à la même époque un intérêt croissant au sein du public. Plusieurs d’entre eux semblent avoir éprouvé un intérêt sincère pour le jazz, écoutant souvent avec attention les orchestres de leurs propres clubs. Un autre fait important est dû à la Kosher Nostra et plus particulièrement à Bugsy Siegel est la création de Las Vegas. En effet c’est Bugsy le premier qui a proposé à la mafia de mettre en place des casinos au beau milieu d’un désert, dans un état qui autorisait le jeu et de programmer des musiciens de jazz.

Il ne faut pas oublier l’investissement de la Kosher Nostra à Cuba, dans les hôtels et les casinos. À New York vers 1920, on compte dans la ville pas moins de 800 cabarets et night-clubs, concentrés notamment dans les quartiers de Broadway, du Lower East Side, de Harlem, et de Greenwich Village. Des établissements de tous niveaux et de toutes tailles, depuis les plus somptueux, comme le Murray’s ou l’International Casino, jusqu’aux speakeasies semi-clandestins et aux petits bars musicaux à la clientèle populaire. À Harlem, par exemple, on trouve des établissements aussi prestigieux que le Connie’s Inn ou le Cotton Club, dont les magnifiques revues sont animées par les orchestres de Duke Ellington et Cab Calloway.

La Mafia juive joue un rôle de découvreurs de talent et quasiment d’impresarios, allant dénicher des musiciens du sud pour leur offrir du travail à New York, Chicago ou Kansas City. Ils ont cherché à les aider à mettre de l’ordre dans leur vie déréglée, en leur offrant par exemple des cures de désintoxication afin de les débarrasser de leurs addictions à la drogue ou à l’alcool. Comme dans les cas de Billie Holiday ou Charlie Parker. Par conséquent, pour leur soutien au  jazz, chapeau bas aux gangsters. Sans eux, le formidable bouillonnement artistique du début du siècle aurait pris une balle en plein vol. Grâce à la bienveillance des Capone et autres Lansky, les orchestres noirs et blancs de jazz ont pu subsister, trouver leur style dans les bars, imposer leur marque… et bouleverser le paysage artistique du siècle.

Ecrit par Jacky Ananou

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