#Jazz & #Histoire : Les « Baby Dolls »

Les Baby Dolls perpétuent une très belle tradition, unique, imprégnée de l’ADN de la Nouvelle-Orléans, que les femmes de couleur du Tremé pratiquent depuis des générations. Elles sont un élément amusant et intégral du Mardi gras à New Orleans qu’elles illustrent de la façon la plus jolie possible.

L’histoire des Baby Dolls a commencé dans un bordel de Black Storyville, quartier chaud de New-Orléans, vers 1910, à cause d’une rivalité entre les prostituées « chics »de Storyville, et celles, plus noires de peau, de Black Storyville. À cette époque le jazz évoluait du music-hall à la rue. La pratique étant de régler ses comptes dans la rue, elles s’affrontèrent en défilant, masquées, fumant le cigare, vêtues de robes de poupées courtes en satin, bas en dentelles à jarretières et bonnets, adoptant le surnom que leur donnait leur souteneur : « Baby Dolls », et divertirent les fêtards du Mardi gras avec leurs danses de débauche et leurs chansons paillardes.

Fin 1930, ces femmes fières et provocantes dans un monde dominé par les hommes, portant souvent des fouets ou des briques pour se protéger, transcendèrent les classes et les limitations identitaires. Les « Baby Dolls » s’intégrèrent au carnaval, masquées, créant une identité collective par le biais de leurs costumes (robes de poupées), et leur comportement audacieux et provocateur. Grâce à l’impact de cette minorité active, la femme noire devint visible face à la classe dominante blanche, occidentale, coloniale et fonda sa propre identité avec des images fortes. Elle imposa en signe de contestation sa propre pratique de vie marginale. Les « Baby Dolls d’un million de dollars » de Uncle Lionel Batiste défilèrent dans le Tremé, masquées, tenant des biberons, avec des dollars dans les jarretières. Uncle Lionel Batiste et les hommes de son entourage, délaissés par les femmes de la maison en ce jour de Mardi gras, s’habillèrent eux aussi en poupées, et vêtus de costumes comiques en satin, de nature suggestive, escortèrent les Baby Dolls et constituèrent le groupe « Dirty Dozen Brass Band ».

Mais le lien entre les Baby Dolls et les quartiers chauds peu recommandables devint embarrassant à l’ère des droits civils et de l’autonomisation des noirs, et la coutume commença à décliner vers le milieu du siècle, à mesure que les participants vieillissaient et que la tradition perdait en popularité.

Ce n’est que fin 1970 que Lois Andrews (la maman de James Andrews et Trombone Shorty) emprunta le nom de l’ancien club d’aide sociale de ses grands-parents, les Gold Diggers et relança la tradition. Les Baby Dolls réendossèrent leurs costumes. Après l’ouragan Katrina, Merline Kimble et Lois Andrews ont servi de pont entre l’ancienne génération et la résurgence actuelle des Baby Dolls « ramener la ville signifiait aussi ramener nos traditions. Katrina nous a fait comprendre que nos racines étaient menacées ». Les Baby Dolls contribuèrent à façonner le son du jazz dans la ville et introduisirent de nouveaux pas de danse en mettant au défi les musiciens de maintenir le rythme. Dans les chansons, les morts sont ramenés à la vie grâce à l’énergie sensuelle des Baby Dolls Aujourd’hui environ une demi-douzaine de groupes « Baby Dolls » défilent avec les Mardis gras Indians de leurs quartiers respectifs. Au cœur du Tremé, la tradition perdure devant le bar d’Antoinette K-Doe (belle-mère de Kermit Ruffins) qui, enfant, admirait ces femmes si indépendantes et si amusantes. « Nous nous montrons dans notre satin! » Antoinette K-Doe. Les œuvres de charité des Baby Dolls sont illimitées

Les Clubs d’aide sociale ont appris aux jeunes générations à confectionner robes à volants, bonnets, culottes bouffantes, ont ouvert des écoles de danse, ont démontré la joie de se produire en public, et le sens de la fête. Une campagne d’alphabétisation et de renforcement de la communauté fondée sur une lecture commune a présenté « Histoires d’une poupée ». Une exposition permanente du musée sur l’histoire du carnaval en Louisiane et une autre au Musée d’art afro-américain leur est consacrée, ainsi que des ouvrages universitaires. Les Baby Dolls, forme d’art désormais indissociable de l’identité de New Orleans, continuent de stimuler l’imagination. « Les ancêtres ont aidé à faire du Mardi gras ce qu’il est aujourd’hui et ce qui attire tellement les gens c’est son essence même.

Spirit of New Orleans…

Ecrit par Monique Bornstein

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