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Gil Scott-Heron « Le Vautour » Editions Points

Cyril Hely avait évoqué de façon très onirique dans le précèdent numéro du Jazzophone, Gil Scott-Heron et son roman « Le Vautour », le seul traduit en français hélas. Paru à éditions de L’Olivier, la collection Points lui redonne une nouvelle vie. Revenons donc sur ce roman, publié à New York en 1970, Gil Scott-Heron n’a pas vingt ans à l’époque, il est poète et se lance dans une fiction sur le quartier de Chelsea à Manhattan, non loin d’où il vit.

Tout commence au mois de juillet 1969 par l’assassinat d’un jeune dealer noir de dix-huit ans, John Lee. Une overdose constate les deux policiers blancs qui se satisfont de cette apparence trompeuse. Personne ne semble connaitre la vérité, peu de gens veulent la connaitre. Quatre hommes, jeunes eux aussi, vont faire, par la plume de l’auteur, le portrait du mort, chacun d’eux fera un croquis du quartier qui permettra au lecteur d’appréhender la vie du New York noir de la fin des années 60. Gil Scott-Heron raconte une société ghettoïsée où la lutte pour les droits civiques commence à prendre de l’ampleur. Les petites initiatives locales (écoles, boutique, centre culturel) sont bousculées par les activistes, les militants des Black Panther qui essaiment partout aux États-Unis. La drogue est aussi de la partie. Ceux qui la vendent, un petit boulot après la high school qui rapporte de quoi se saper et d’organiser des fêtes alcoolisées où les jeunes femmes sont les bienvenues. Ceux qui l’achètent pour oublier un moment, la rue, la misère ou le racisme ambiant. La musique est omni présente dans l’écriture de Gil Scott-Heron, celle que l’on entend dans les postes à transistors, celle des vinyles que l’on pose sur des électrophones. La soul urbaine de Curtis Mayfield fait bon ménage avec le jazz de Miles Davis, Zawinul et Cannonball Adderley font leur « Mercy, Mercy, Mercy ! » dans un bar enfumé où le Rap naissant –Gil Scott-Heron en est l’un des précurseurs- balbutie à peine. On les retrouve, en toute fin du récit, dans « As The World Turns », un poème de l’auteur, attribué à Yvan Quinn, l’un des narrateurs, son double romancé (?). Un livre de presque cinquante ans d’âge, bien plus politique que policier. On constatera que, même si la condition des Afro-Américains aux États-Unis a évolué vers le mieux, nombre des situations évoquées par Gil Scott-Heron reste des problèmes de nos jours. On écoutera pendant la lecture le « Live in New York » de Gil Scott-Heron, cette fois-ci musicien, pianiste, compositeur, un concert récemment paru chez Mega Dodo.

Gil Scott-Heron  « Le Vautour » – Editions Points

Ecrit par Jacques Lerognon

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