#JAZZ& #HISTOIRE : Il était une fois l’Acid Jazz

Commençons par une mise en situation. Nous sommes à la croisée de la fin des années 80 et le début des années 90. Le mur de Berlin s’est effondré et un vent de liberté souffle sur l’ancien bloc soviétique. Nous avons abandonné le baladeur cassette autoreverse, remplacé par le compact disque portable. L’Angleterre n’est plus déchirée entre les Beatles et les Stones et hésite encore entre Oasis et Blur. Manchester vit au rythme des soirées mythiques de l’Hacienda. À l’écart de cette agitation, de jeunes Londoniens croisent des influences soul,funk, disco et jazz et jettent les bases de ce qui deviendra l’Acid Jazz. Objection votre honneur ! Une fois de plus, l’auteur de ses lignes s’éloigne de l’essence de ce magazine : le jazz. Pour citer mon responsable de rédaction qui lui-même cite le grand Duke Ellington : « le jazz est la liberté d’avoir beaucoup de formes ».

Maintenant que l’objection est traitée, nous pouvons poursuivre l’aventure et porter notre attention sur un personnage central : Gilles Peterson. Ce DJ anglais né en France est un véritable défricheur musical. Un découvreur né, un passionné dénicheur de perles. Gilles Peterson a deux idées de génie : la première est d’accompagner le phénomène avant tout le monde et d’y associer le nom d’Acid Jazz (dont il n’est pas l’inventeur).

La seconde est de créer deux labels, dont le fameux Talkin’ Loud (qui vient des soirées qu’il animait, les Talkin’ Loud and Say Somethin’), qui permettront de répandre la bonne parole à travers le monde. Il va ainsi réussir à fédérer une scène innovante qui va bousculer les ondes en ramenant de l’âme et de la chaleur humaine dans une musique plus pop et électronique. Résumer ces années Acid Jazz en se limitant aux têtes d’affiche revient à retenir quatre noms : Incognito, The Brand New Heavies, Galliano et Jamiroquai.

Incognito est insubmersible. Le groupe existe depuis les années 80 et il continue d’écumer les scènes du monde entier et de produire des albums. Au passage, je conseille vivement l’écoute de l’album « Jazz Funk », sortie en 1981, et qui, comme disent joliment les vieux cons dont je fais partie, n’a pas pris une ride.

Si l’on se concentre sur la période qui nous intéresse, je retiens l’album « Positivity » (1993) qui démarre avec le magique « Still a friend of mine » ou le fameux « Talkin’ Loud » dont la première phrase résume l’esprit Acid Jazz :

« There’s a new generation takin’ up the challenge ».

The Brand New Heavies se forme au milieu des années 80 dans la banlieue de Londres. La légende raconte que le nom du groupe serait inspiré de la pochette d’un single de James Brown. Mais c’est surtout la rencontre avec la chanteuse N’Déa Davenport qui va permettre au groupe de passer un cap et de se révéler au travers des albums « The Brand New Heavies » (1990), version ré-enregistrée du premier album et porté par les envolées de « Dream come true » ou « Never stop », et « Brother and Sister » (1994) avec l’excellent « Dream on dreamer ».


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Galliano a autant marqué l’histoire de l’Acid Jazz par ses performances scéniques endiablées que par ses productions. Son apport musical est loin d’être négligeable avec « A joyful noise unto the creator » (1992) dont est issu « Jus’ reach », « New world order » ou « Prince of peace » et de « The Plot Thickens » (1994) avec « Rise and fall » et le brillant « Long time gone ».

Le groupe Jamiroquai avec son chanteur Jay Kay a sorti l’Acid Jazz du cocon happy few pour permettre à une audience plus large de s’approprier ce nouveau courant musical (et de redécouvrir le port des Adidas Gazelles). « Emergency on planet earth » sort en 1993 porté par des morceaux diablement efficaces (« When you gonna learn ? », « Too young to die » ou le titre éponyme). L’album suivant, « Return of the space cowboy », sera tout aussi puissant (« Half the man » et « Light years » sont des classiques).



Je pourrais également évoquer Young Disciples « Apparently nothin’ »,

Freak Power « Turn on, tune in, cop out »,

Carleen Anderson « Mama said »

ou Martine Girault « Revival ».

Le mouvement sera éphémère et périclitera sur la deuxième partie des années 90. Seul Jamiroquai conservera une visibilité médiatique qui finira par s’étioler. Il reste de l’Acid Jazz une image fraiche et positive qui aura bercé ma jeunesse et permis à une génération de se familiariser avec des sonorités Jazz Funk et Soul Jazz.

Ecrit par Cyril Hely

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