#JAZZ&POLITIQUE We Insist ! Max Roach’s Freedom Now Suite !

WE INSIST ! MAX ROACH’S FREEDOM NOW SUITE ! Par Sylvette Maurin.
Max Roach décède en août 2007, à New York, où il a toujours vécu. Sa sépulture porte, un haïku gravé:  » Yours hands shimmering on the legs of rain (tes mains chatoyantes sur les jambes de pluies). Il naquit là, 83 années auparavant.
Compositeur, musicien, batteur, percussionniste, il laisse, derrière lui, inscrites au plus haut panthéon de la musique américaine du 20e siècle, les traces fulgurantes de ses frappes sur tous les éléments de ce qu’il considérait comme un instrument de musique, à part absolument entière, et dont il jouait des quatre membres : sa batterie.
Ses talents artistiques lui feront accomplir, dès son plus jeune âge, un des parcours les plus brillants qui soient aux côtés de plus grands autres instrumentistes de sa génération.
Sa rigueur morale et sa conscience sociétale, elles, le conduiront, dès 1954, à rejoindre et soutenir, de façon intransigeante et sans discontinuer, l’ensemble des combats pour les droits civiques menés par les Afro-Américains, sur le territoire américain. Il s’associera également, publiquement, aux luttes menées, en Afrique, tant dans les processus de décolonisations et d’indépendances que dans les fracas des luttes antiapartheid.
Lorsqu’il déclare au magazine Down Beat : «Nous, les musiciens de jazz américains, d’ascendance africaine, nous avons prouvé, hors de tout doute, que nous sommes les maîtres musiciens de nos instruments. Maintenant, ce que nous devons faire, c’est d’employer notre compétence pour raconter l’histoire dramatique de notre peuple et ce que nous avons traversé», ce ne sont pas de vaines paroles.
Elles sont actées artistiquement, musicalement, enregistrées dans les studios, pressées dans les vinyles, répercutées sur toutes les plateformes publiques dédiées à cette musique. ll rechigne d’ailleurs à la nommer «Jazz». Il lui préfère les termes : « musique noire américaine », tout comme celle qu’il épousera, dont il partagera la vie pendant 8 ans : Abbey Lincoln. Abbey, il la protégera, dans son repos, lorsque les enquêteurs du FBI débarqueront, à plusieurs reprises, dans son appartement new-yorkais, pour lui poser quelques embarrassantes questions. – (https://jazztimes.com/features/jazz-and-the-fbi-guilty-until-proven-innocent/ ): cf
Des questions ? Sans doute sur la présence du préambule, dû à la plume d’un des tout premiers syndicalistes noirs, A.Philip Randolph, dans le livret qui accompagne l’album pressé en 1960 : »We insist ! Max Roach’s Freedom Now Suite » préambule explicite qui rejoint la photographie illustrant la pochette du même album.

Que dit-il ce préambule ? «Une révolution se déploie: la révolution inachevée de l’Amérique. Elle se déploie dans les comptoirs de déjeuner, les autobus, les bibliothèques et les écoles, partout où la dignité et le potentiel des hommes sont refusés. La jeunesse et l’idéalisme se déploient. Les messes des nègres marchent sur la scène de l’histoire et exigent leur liberté, maintenant » on ne peut pas être plus clair.
Des questions ? Sans doute aussi sur le contenu de cet album percutant.
Neuf musiciens (dont Michael Babatun de Olatunji, bien connu déjà des services de renseignements américains) y accompagnent, sur les livrets d’Oscar Brown, limpides quant à leur orientation idéologique, la voix d’Abbey Lincoln. Les plages qui se succèdent dénoncent l’esclavage: Driva Man. Elles encouragent les soulèvements afro-américains: Freedom Day. Elles plébiscitent toutes les luttes de libérations nationales africaines: Tryptique (prière, protestation, paix). Elles dénoncent l’apartheid sud-africain, dressant la liste de tous les peuples des régions équatoriales: All Africa. Elles hurlent sur le massacre de Sharpeville: Larmes pour Johannesburg.
Abbey Lincoln, l’épouse, la mère de ses cinq enfants, la muse, présente sur tous les opus suivants, poursuivra, quant à elle, après leur séparation, le même parcours que son alter ego, et ce jusqu’à la fin de sa vie.
Faisant suite, en beaucoup plus virulents, à la Freedom Suite de Sonny Rollins-1958-, les intransigeants partis-pris musicaux et artistiques de Max Roach et de ses compagnons de studios et de scènes, continueront à se déployer tout au long des décennies ; il mettra d’ailleurs en place, conjointement avec Charles Mingus et quelques autres, un contre-festival de Newport: le « Newport Rebels ».
Rien d’étonnant pour celui qui déclarait : « Le Jazz est une forme démocratique ; c’est écouter, se respecter et s’harmoniser ensemble. C’est une dynamique, un processus musical inter générationnel, antithétique avec l’impérialisme. Le Jazz n’est pas un chemin impérialiste (faire de la musique) où un chef (un dirigeant) vous dit que ce que vous jouez n’est pas correct. Le Jazz est fluide, et chaque génération a l’opportunité d’y contribuer en y ajoutant de la nouveauté ».

 

Ecrit par Sylvette Maurin

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