#LiveReport #2 : Don Bryant & The Bo-Keys

L’Arme à l’Oeil…. Invoquer, convoquer, évoquer… Nous ne nous attendions guère, hier nuit, à être confrontés, sur la modeste scène du Forum Nice Nord, à la mise en « branle » de ces trois verbes à la fois. Dans notre esprit, nous n’allions honorer de notre présence « que » la prestation d’un « vieux monsieur », natif de Memphis, pionnier de la musique Soul américaine.

Bien sûr, dès l’attaque, les six musiciens, plus que professionnels, « The Bo-Keys », ne nous laissèrent guère le temps d’ignorer que nous étions dans le monde des cuivres, des rifs à plein gaz, tonitruants et sans ambages. On ne plaisante pas avec les rythmiques dans ces univers musicaux là. De quoi établir avec nos architectures personnelles, physiologiques et morphologiques, à nos corps défendant même parfois, une jonction moléculaire, biologique et chimique, à laquelle on résiste, ou pas. De toute évidence, le public, nombreux, décida, dès l’abord, qu’il collaborerait intensément, accueillant, sous une salve d’applaudissements nourris, la menue silhouette, élégamment vêtue, chic et smart, de Monsieur Don Bryant, vénérable papy de 74 ans.

Lorsque l’on plonge dans la Toile numérique, on apprend, bien sûr, combien la place qu’il occupe dans l’histoire de la « Soul Music » américaine est gigantesque et l’on s’incline avec respect devant un tel parcours couvrant plus de six décennies. Cela, c’est de l’hagiographie et n’induit nullement que notre homme puisse être à la hauteur de ses exceptionnelles prestations et collaborations passées, fin 2018, physiquement, sur scène… Car le coeur de la Soul, c’est à la fois le murmure et la puissance: il faut tenir ! Pour le murmure, nous fûmes comblés, Don Bryant s’accordant même, à plusieurs reprises, le privilège de chanter a cappella… Et c’est dans un opus, à genoux, qu’il nous fit clairement savoir qui il était, et ce qu’il représentait, vraiment, sur ce plateau. Dans un silence quasiment spectral, sa voix s’éleva, comme elle le fit tant et tant jadis, pour murmurer l’appartenance de toute la musique Soul à l’ensemble de l’histoire de la communauté noire américaine d’ascendance africaine. A partir de ce moment là, les vivants et les morts, quels qu’ils soient, ne quittèrent plus la scène, se relayant à ses côtés, toutes et tous, pour dire l’enracinement de ces mélopées, mélodies, rythmes, cadences, dans les poussières du Sud, esclavagiste et ségrégationniste, même si elles se glissèrent, pour mieux s’exprimer justement, dans les «  »artifices » protecteurs des églises.

Certes, il y eut la courtoisie, raffinée et élégante, d’un vieux monsieur, qui n’attaquera pas de front, tel un James Brown galvanisé et survolté, un public debout. Certes il y eut les références voluptueuses à l’ombre de tous les Otis, se glissant subrepticement aux côtés de notre vocaliste. Il y eut surtout la puissance, qui fit descendre auprès de nous les mémoires induites dans ces innocentes ritournelles qui  sont, le plus souvent, les récits d’âpres ressentiments, enfouis, déguisés, camouflés, pour dire les outrages couvrant plus de trois siècles d’infâmies. « O, baby » ! Don Bryant sait « encaisser », certes. Il sait muter, transcender, avec son corps, avec sa voix. Il sait apprivoiser, mettre du velours pour arrondir les angles. Il sait amadouer. Mais la souffrance est là, aussi, prégnante. Elle ne nous épargna pas, et nous fûmes nombreux à avoir l’ « arme à l’oeil » !  Et puis, il y eut un homme debout, qui envoya, à plusieurs reprises, tout son amour, sous forme de baisers, qui n’étaient nullement feints, à un public déchaîné et ravi, dont plusieurs membres vinrent le saluer physiquement, en lui serrant la main, en l’étreignant,  émus, troublés, envoutés, Lorsque le silence retomba, tardivement, dans l’enceinte du Forum Nice Nord, de douces ombres nous survolaient, accompagnant nos pas, de leurs mystérieuses présences, Otis, surtout…..

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Photos : Claude Soiron

Ecrit par Sylvette Maurin

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