#LiveReport : Tom Harrel & Jazz Solo Legend #5 avec Bruno Chevillon

Magnifique soirée pour l’avant-dernière Nice Jazz Festival Session de la saison pour les amateurs d’un jazz à la fois moderne et ancré dans la tradition, avec le concert de Tom Harrel, précédé du quartet de Jef Roques.

Jef Roques quartet tout d’abord. Vainqueur du Tremplin du Nice Jazz Festival 2017, le jeune guitariste et ses musiciens (Olivier Slama, piano, Sébastien Lamine, contrebasse et Max Miguel, batterie) jouèrent un set qui mêlait standards et compostions dues à la plume de Jef Roques ou d’ Olivier Slama, et qui fleurent bon le hard-bop et le blues. Les musiciens, techniquement fort capables et visiblement ravis de jouer dans ce cadre donnèrent le meilleur d’eux mêmes. Plaisantant entre les morceaux et communiquant aisément avec le public, Jef Roques en obtint les faveurs, et les musiciens eurent droit à une standing ovation, mais le rappel attendu revint pas. Question d’horaires, sans doute. Le groupe sera présent sur la Théâtre de Verdure le 20 juillet durant le Nice Jazz Festival 2018.

Après une courte pause, Tom Harrel, tout de noir vétu, longue silhouette inclinée vers l’avant, surmontée d’une crinière blanche fit son entrés sa trompette à la main suivi par ses musiciens (Danny Grisett, piano, Ugoma Okegwo, contrebasse, Adam Cruz, batterie). Dès les premières mesures ; le ton fut donné. Toujours cette sonorité à nulle autre pareille, proche de la brisure mais néanmoins claironnante et d’une justesse confondante. Derrière lui les trois musiciens assurent un soutien sans faille, particulièrement inventif, est se relayant dans un « interpola » constant pour accompagner Tom Harrel, qui d’ailleurs leur laisse de longues plages de liberté pour s’exprimer pleinement .

Lorsque Danny Grisett joue du Fender Rhodes, nous nous retrouvons dans une ambiance très proche d’albums comme Bitches Brew de Miles Davis ou encore Mwandishi d’Herbie Hancock  avec Eddie Henderson à la trompette dont le jeu de Tom Harrel est réminiscent. après ces débordements électriques, nous sommes passés à une longue ballade en duo entre Tom et Danny, qui fut un moment de réelle magie, les notes jouées par les deux hommes semblant être suspendues dans l’air. Retour de la rythmique sur scène pour morceau la mettant justement en valeur, avec un très beau solo de contrebasse soutenu par la frappe à la fois puissante et légère d’Adam Cruz, batteur rare. Puis le quartet enchaina avec « Tango » morceau extrait du très bel l’album « Colour of a dream » sur lequel Ugoma Okegwo était doublé par Esperanza Spalding, avant de revenir pour un rappel de toute beauté.

Une soirée qui fut un moment de pur bonheur.

Gilbert D’Alto


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Jazz Solo Legend #5 avec Bruno Chevillon

Dimanche 06 mai 2018 Cave Bianchi à Nice, 18h et des poussières…. Bruno Chevillon attaque son solo d’une surprenante façon, il s’empare d’un balai de batterie pour en percuter les cordes de sa contrebasse, près du chevalet, sons mêlés de cordes et de percussions puis, frottements sur la caisse de résonance…

S’en suivront un voyage électro acoustique d’une heure et dix minutes dans un langage qui lui est propre, d’une esthétique résolument contemporaine.

Très vite après cette introduction aux balais, l’instrumentiste maître de l’improvisation, se lance dans un discours ultra virtuose de lignes de basses rythmiques et percussives rapides et harmoniquement complexes. Le geste est précis, habité et élégant. Les doigts attaquent les cordes autant que la caisse de la contrebasse.

L’art de l’improvisation et du solo comporte la difficulté majeure de la gestion du temps, ici les « séquences » s’enchainent sans lasser, néanmoins, aucune idée n’est pas exploitée jusqu’au bout. Nous passons ainsi d’environnements acoustiques de contrebasse « préparée » (aiguilles à tricoter dans les cordes, pinces à linge sur celles ci..) à des fulgurances plus électriques ou électroniques, des accords qui génèrent une nappe au sustain infini, une explosion sonore lorsque le pied enclenche la pédale de distortion dont la résonance génère quelques larsens maitrisés et tenus. Bruno Chevillon est sur scène comme un dompteur du matériau sonore, nous offrant une sorte de sculpture musicale en temps réel utilisant toutes les possibilités sonores de la contrebasse soutenues par l’utilisation des effets électroniques avec une finesse qui évite tout subterfuge, aucune « esbrouffe » ici, les effets sont subtilement gérés et utilisés comme ce « looper » qui permet la continuité d’un tableau à l’autre lorsque l’instrumentiste a besoin de reposer ici un archet, là une mailloche avant d’enchainer sur la suite de son discours.

Il y a chez Bruno Chevillon, un amour de l’architecture qui se ressent dans son impro, le son avant tout et le dessin de la musique… une immense maîtrise de ce qu’il y a finalement de plus difficile à réussir dans cette discipline là : la forme.

Jean-Christophe Bournine

Photos : Z@ius Nexxt Movement, Lawrence Damalric.

www.tomharrell.com

www.facebook.com/jefroquesquartet

www.imagoproduction.com

www.nicemusiclive.fr

Ecrit par Gilbert D'Alto

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