#CHRONIQUE Frédéric Chaudière « Tribulations d’un Stradivarius en Amérique »

Voici la biographie non pas d’un chinois mais d’un chef-d’œuvre de l’art : le violon Stradivarius dit « Gibson ». Commandé par Philippe V d’Espagne, mais refusé en raison de sa couleur « troppo rosso », le violon va traverser 300 ans d’histoire. Une tribulation qui commence par le vol du violon dans les loges du Carnegie Hall par un jazzman !

Du Carnegie Hall aux clubs de jazz

En 1936, le « Gibson » appartient au célèbre violoniste Bronislaw Huberman. Julian Altman, jazzman en quête de reconnaissance, le lui dérobera lors d’un concert. Névrotique, alcoolique, Julian Altman s’appliquera à maquiller l’instrument au cirage noir pour dissimuler sa noble facture. Il en jouera contre un salaire de misère sur la scène des clubs de jazz bondés et enfumés, et lors de ses crises éthyliques, s’en servira comme cendrier et souffre-douleur. Ce vol déchaîna la chronique et de farouches détectives privés, mais en vain.

L’âge d’or de la lutherie de Cremone

C’est à Cremone qu’officia Antonio Stradivari. Luthier lui-même, l’auteur connaît les infimes détails de la fabrication d’un violon. On abat certains arbres, à une époque précise de l’année, on les trie et on les tronçonne selon l’instrument souhaité. Dans les ateliers, on dessine, on coupe, on scie, on vernit. Le style de Frédéric Chaudière est tellement nourri de ses propres connaissances, que les poussières et l’odeur des résines semblent parvenir jusqu’à nos narines. Le Gibson pérégrine entre différentes mains, parfois celles de musiciens, parfois celles de collectionneurs, jusqu’à ce que Bronislaw Huberman en fasse l’acquisition.

Le nouveau lover du Gibson

Usé et désabusé, Julian Altman s’éteint. Sa mercantile veuve annonce le recel du violon à la presse. Rescapé de ces mains peu précautionneuses contre hautes finances, et bien qu’en piteux état, le violon n’a rien perdu de sa somptueuse sonorité. Il appartient aujourd’hui au violoniste Joshua Bell qui en est tombé amoureux fou. On peut l’écouter sur son émouvant album « Romance of the Violin » (Sony Classical Records 2003).

Moralité : il faut toujours se méfier d’un Jazzman !

Tribulations  d’un Stradivarius en Amérique Frédéric Chaudière Actes Sud 292 pages, 20 euros

Ecrit par Yael Angel

2 Commentaires

  1. Frédéric Chaudière 23 janvier 2017 16 h 02 min / Reply

    Bonjour.
    Je suis heureux que le livre vous ait plu, merci pour cette chronique.

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