#Aller #Retour « New York by Night »

Pour les fans de jazz, visiter la Grosse Pomme peut être à la fois frustrant et passionnant. Pour paraphraser Shakespeare, « New York entier est une scène ; nous ne sommes que des joueurs ». Voyons ça.

Le lieu : New York, New York« so nice they named it twice ». En tant que Mecque incontestée du jazz, presque tous les musiciens, à un moment ou un autre y prévoient leur pèlerinage. Ce sera intimidant, peut-être même humiliant. Premier effet secondaire : En tant que musicien, tes compétences seront affinées. Sois prêt pour le défi et la concurrence. Un ami proche, extrêmement doué, est revenu de cette ville et son jeu a étonnamment amélioré. J’étais choquée que cela s’est passé en seulement 6 mois. Deuxième « effet » : Il y a un public cosmopolite qui est témoin des transformations et participe. C’est « tout bénef » pour tous ceux qui sont impliqués.

Les scènes : Ce n’est pas possible de les citer tous, donc on commencera par les plus évidents. Il y a le « Village Vanguard », le « Blue Note » et « Jazz at Lincoln Center », où Wynton Marsalis règne en tant que directeur musical. À Harlem, le célèbre « Minton’s » a réouvert. Et au « Birdland » je suis tombé par hasard sur une concert de l’orchestre Count Basie avec Carmen Bradford. J’avais suivi mon premier atelier vocal avec elle à Austin, Texas, il y a 20 ans !

Certains des clubs moins connus seront souvent là où on rencontrera des musiciens qui viennent du  monde  entier à la recherche d’endroits où ils peuvent faire le bœuf ou simplement se détendre après leurs concerts. Deux de mes favoris sont « Small’s » et « Mezzrow’s » à Greenwich Village dont le propriétaire, le pianiste Spike Wilner, parcourt souvent la France.

Egalement dans le Village, il y a le « Fat Cat », une salle de jeux avec du jazz à coté. C’est là où j’ai rencontré le batteur Jimmy Cobb qui a joué sur le chef-d’œuvre « Kind of Blue ».

Le « 11th Street Bar » a une « jam session » incroyable et ne soyez pas surpris si vous y croisez l’illustre Barry Harris.

En parlant de « jams », chez « Arturo’s », avec ses sessions tardives, on peut même manger un pizza en écoutant la musique. Au « Smoke » un bon dîner peut être suivi d’une jam avec des musiciens du niveau d’Aaron Diehl ou de Lawrence Leathers, par exemple.  Les mardis soirs ne seraient pas complets sans aller à la jam du pianiste Marc Devine au restaurant « Cleopatra’s Needle ». Même le grand saxophoniste Lou Donaldson y vient jouer (ou chanter !). Les New-Yorkais apprécient un bon repas avec leur musique. Au « Café Loup », un bistrot français, l’incroyable Junior Mance a joué tous les dimanches pendant des années.

Quant aux lieux français, il y en a un fabuleux qui s’appelle « Jules », où le batteur expatrié français, Renaud Penant, est revenu avec son spectacle. Ouverte par son fils adoptif Claude dans le quartier des théâtres, « Chez Josephine » rend hommage à La Baker. Les acteurs de Broadway y vont après leurs spectacles et y passent la soirée à côté du piano. À Brooklyn à « Fada » j’ai écouté le guitariste français, Stéphane Wremble, avec son groupe de jazz manouche. Renaud et Stéphane retournent souvent en France pour jouer. Et le batteur niçois, Thomas Galliano, est récemment rentré en France après des années à New York.

Il y a beaucoup de musiciens français qui vivent à New York, mais beaucoup plus qui vont et viennent entre les États-Unis et la France ou qui habitent entre les deux pays, tels que le trompettiste Fabien Mary, le saxophoniste David Sauzay et le guitariste Yves Broqui. Et notre propre Sébastien Chaumont et le guitariste expatrié suédois Linus Olsson font souvent le voyage à travers l’Atlantique. La chanteuse américaine, Aimée Allen, le fait le dans l’autre sens pour chanter ici à Nice.

Par contre, toutes les « scènes » à New York ne sont pas toutes des véritables scènes. Et toutes les représentations ne se passent pas toujours  la nuit. Parfois la ville elle-même est la scène. À Central Park on trouvera de la musique exécutée par des musiciens professionnels qui se déplacent pendant la journée pour compléter leurs revenus. Les touristes adorent et il n’y a généralement aucun problème tant qu’ils ne sont pas amplifiés. On trouvera également de la musique dans les terminaux de métro sanctionnées par la ville, et dans les trains, mais pas vraiment autorisée.

Les joueurs : Les musiciens de la ville eux-mêmes forment un type de « Chœur grec » moderne en commentaire constant, souvent hilarant, sur l’action dramatique et musicale. Nous avons déjà parlé de certains musiciens. Mais il y a beaucoup plus. Le pianiste et chanteur Johnny O’Neal, par exemple, est un interprète polyvalent et possède l’un des spectacles « live » les plus amusants que j’ai jamais vu. Johnny O’Neal a  même interprété le pianiste Art Tatum dans le film « Ray ». Il était au Nice Jazz Festival en 2017.

Fidèle à sa réputation, New York possède plusieurs personnages spéciaux mais que l’on découvre plus facilement si l’on est accompagné par un « natif ». Il y a le guitariste Saul Rubin qui possède un bel endroit pour permettre aux membres de la communauté musicale de se rassembler. Un autre monsieur a un salon de jazz chez lui où il invite les gens à assister à des concerts en privé.

Alors, le plus important… la musique ! Le jazz d’aujourd’hui est soutenu par un flux constant de jeunes musiciens qui viennent sur la côte Est pour bénéficier de la transmission. Ils viennent étudier à The New School Jazz ou à Juilliard.

Ils viennent apprendre la façon dont Bird, Miles et Trane ont appris en côtoyant des légendes comme Lou, Junior et Jimmy. Ils viennent du monde entier à l’atelier de Barry les mardi soirs. Donc, bien que parfois la ville de New York puisse être un véritable théâtre de l’absurde, personne ne l’accusera jamais d’être ennuyeuse. Il y a pléthore de jazz de qualité de classe mondiale et on réalise qu’il n’est pas possible de tout voir en un seul voyage. Et on a raison. Nous reviendrons.

Ecrit par Denia Ridley

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