JAZZ&VOYAGE Aller Retour

Visiter la Grosse Pomme peut être à la fois frustrant et passionnant. Pour paraphraser Shakespeare,«New York entier est une scène; nous ne sommes que des joueurs». Voyons ça.

Le lieu: New York, New York … « so nice they named it twice ». En tant que Mecque incontestée du jazz, presque tous les musiciens, à un moment donné, y prévoient leur pèlerinage. Ce sera intimidant, peut-être même humiliant. Premier effet: en tant que musicien, vos compétences seront affinées. Soyez prêt pour la compétition. Un ami proche, extrêmement doué, est revenu de cette ville et en 6 mois son jeu s’est étonnamment amélioré. Deuxième: il y a un public cosmopolite qui est témoin des transformations et y participe. C’est un plus pour tous ceux qui sont impliqués.

Les scènes: voici les plus évidentes: Il y a le «Village Vanguard», le «Blue Note» et «Jazz at Lincoln Center».  Il y a aussi « Birdland », et à Harlem le célèbre «Minton’s».

Certains des clubs moins connus sont souvent ceux où on rencontrera des musiciens internationaux à la recherche d’endroits où ils peuvent faire le bœuf. À Greenwich Village, mes favoris sont «Small’s» et «Mezzrow’s», dont le propriétaire, le pianiste Spike Wilner, parcourt souvent la France. Il y a aussi le «Fat Cat», une salle de jeux avec du jazz. J’y ai rencontré le batteur Jimmy Cobb qui a joué sur le chef-d’œuvre «Kind of Blue». L’«Eleventh Street Bar» a une « jam-session » incroyable et vous risquez d’y croiser l’illustre Barry Harris.

Chez « Arturo’s », pendant ses sessions tardives, on peut même manger une pizza en écoutant la musique. Au «Smoke» un bon dîner peut être suivi d’une jam avec des musiciens du niveau d’Aaron Diehl ou de Lawrence Leathers. Les mardis soirs ne seraient pas complets sans aller à la jam du pianiste Marc Devine au restaurant «Cleopatra’s Needle». Même le grand saxophoniste Lou Donaldson y vient chanter. Au «Café Loup» l’incroyable Junior Mance a joué tous les dimanches pendant des années.

Quant aux lieux français, il y en a un fabuleux qui s’appelle«Jules» où le batteur expatrié Renaud Penant a amené son spectacle. Le restaurant «Chez Josephine» rend hommage à la Baker. Les acteurs de Broadway y vont après leurs spectacles et passent la soirée à côté du piano. À Brooklyn à «Fada » j’ai écouté le guitariste français, Stéphane Wremble, avec son groupe de jazz manouche. Le batteur niçois, Thomas Galliano, est rentré en France après des années à New York.

Il y a beaucoup de musiciens français qui vivent à New York, mais beaucoup plus qui vont et viennent, ou qui habitent entre les USA et la France, tels que le trompettiste Fabien Mary, le saxophoniste David Sauzay et le guitariste Yves Broqui. Et notre Sébastien Chaumont et le guitariste Linus Olsson font souvent le voyage à travers l’Atlantique. La chanteuse américaine, Aimée Allen, le fait le dans l’autre sens pour chanter à Nice.

Par contre, toutes les «scènes» ne sont pas forcément des scènes. Parfois New York elle-même est la scène. À Central Park on trouvera de la musique jouée par des musiciens professionnels. Il y a également de la musique dans les terminaux de métro.

Les joueurs: Les musiciens de la ville forment un type de «Chœur grec» moderne, souvent hilarant, sur l’action dramatique et musicale. Nous avons déjà parlé de certains d’entre eux, mais il y a encore plus. Le pianiste et chanteur Johnny O’Neal, par exemple possède l’un des spectacles « live » les plus amusants que je n’ai jamais vus. Il a même interprété le pianiste Art Tatum dans le film « Ray ». Il était à Nice pour le Jazz Festival 2017. New York possède plusieurs personnages originaux, mais que l’on rencontrera plus facilement si on est accompagné par un natif.

Alors, le plus important…la musique!: Le jazz d’aujourd’hui est soutenu par un flux constant de jeunes musiciens qui viennent sur la côte Est pour bénéficier de la transmission. Ils viennent étudier à New School ou à Juilliard. Ils viennent apprendre à la façon de Bird, Miles et Trane en côtoyant des légendes comme Lou, Junior et Jimmy. Ils viennent du monde entier à l’atelier de Barry les mardis soir.

Donc, bien que parfois NYC puisse être un véritable théâtre de l’absurde, personne ne l’accusera jamais d’être ennuyeuse. Il y a pléthore de jazz de classe mondiale et on réalise qu’il n’est pas possible de tout voir en un seul voyage. Nous reviendrons.

Ecrit par Denia Ridley

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