#liveReport : Jazz à Juan 2026 – Erik Truffaz et Antonio Lizana – Thomas Dutronc & Friends

Une première partie où le trompettiste Erik Truffaz et le saxophoniste Antonio Lizana nous offrent en compagnie de Ana Pérez leurs visions de  Sketches of Spain de Miles Davis. Puis la voix de Thomas Dutronc se fera jazzy pour explorer en bonne compagnie des standards intemporels.

Place à l’Espagne, donc, et au fameux concerto d’Aranjuez pour débuter ce premier set. Et si Miles Davis se l’était déjà approprié en 1960, c’est une version épurée, éthérée et…flamenco que nous livre le septet réuni autour d’Erik Truffaz. Le saxophoniste Antonio Lizana et le clarinettiste Renaud Gabriel Pion entourent le trompettiste et l’unisson est parfait, soutenu à la basse par Arin Keshishi, Manuel de la Torre à la batterie, Vincent Thomas aux percussions et Pau Figueres à la guitare flamenca.

Les musiciens sont rapidement rejoints par la danseuse Ana Perez dont le costume blanc à franges accentue les voltes des pas de flamenco.

Et ses talons seront une percussion de plus, le dialogue est lancé entre le jazz et l’âme du flamenco. Que ce soit pour réinventer les morceaux du célèbre album de Miles Davis, comme Will’o the wisp inspiré par Manuel de Falla, la mélodie Solea, ou pour les compositions originales d’Erik Truffaz ou d’Antonio Lizana, les arrangements inventent une musique-monde tout à la fois savante et populaire. De magnifiques interprétations servies par des musiciens hors pair, l’élégance des cuivres, parfois feutrés, parfois tonitruants, les notes claires de la guitare flamenca, qui distillera un air de nostalgie. Il ne faudrait pas oublier la rythmique instillée par Manuel de la Torre et Vincent Thomas, ardente, chaleureuse, le chant flamenco et le cante jondo d’Antonio Lizana.

Et les tenues rouges d’Ana Perez qui de danse en transe, nous entraineront définitivement de l’autre côté des Pyrénées.

Ce soir, Miles Davis aurait pu répéter : « ce n’est pas du jazz, c’est juste de la musique, de la musique que j’aime. »

Nul doute qu’il aurait aussi apprécié la deuxième partie du concert. Il faut dire que Thomas Dutronc s’est particulièrement bien entouré pour interpréter un florilège de morceaux qu’il a amoureusement choisis dans des standards de jazz et de chansons françaises. Un premier morceau instrumental où la guitare de Dutronc est accompagnée, portée par la trompette de Stéphane Belmondo , la guitare de Rocky Gresset , le piano, le Rhodes de Eric Legnini , la contrebasse de Thomas Bramerie et la batterie de Franck Agulhon . De Chet Baker à Michel Legrand (Les moulins de mon cœur qu’interpréta Françoise Hardy) en passant par Django Reinhart et Jacques Lanzmann – une belle séquence autour de Paris qui s’éveille toujours à cinq heures ! – le public sent la complicité qui lie tous les musiciens. Le groupe a travaillé une belle fluidité dans les arrangements, chaque instrument est tout à la fois parfaitement en place, mais aussi dans un espace de liberté qui sied aux mélodies. Beaucoup de générosité, de virtuosité dans les solos, mais qui jamais n’empêchent l’émotion de surgir et d’envahir l’espace. Un rappel à l’aune de ce très beau set, avec trois morceaux qui montrent, s’il en était encore la peine, que la musique est d’une richesse infinie et universelle.

Une très belle soirée dont l’éclectisme permet de mesurer, justement, cette universalité et diversité du langage musical.

le 18/07/26 à la pinède Gould - Juan-les-Pins

Pexte: Corinne  Naidet
Photos: Jacques Lerognon
Ecrit par Corinne Naidet

Ajouter un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

  • Les concerts Jazz et +

  • Le Jazzophone