À 75 ans et plus de 50 ans de carrière jalonnées de riches collaborations musicales, 21 albums, 3 Grammy Awards, Dee Dee Bridgewater est une voix incontournable soul, jazz and blues. Une diva. Sans cesse renouvelée, la jazzwoman est en tournée avec son nouveau projet We Exist !, un quartet 100 % féminin et féministe engagé.
Choix de textes évocateurs et contestataires, le projet musical, résolument jazz, soul & blues, est une prise de parole dans le prolongement de We Insist ! de Max Roach (1964) et du mouvement des Droits civiques. Avec la scène pour tribune, Dee Dee Bridgewater relie le présent et le passé. Un acte militant autant qu’une réflexion sur un parcours d’artiste. La musique est sa politique.
First Take
Dans les années 60-70 à New York, la route de Dee Dee Bridgewater est jalonnée de propositions musicales marquantes. Chanteuse, elle est sur scène avec Sonny Rollins, Dizzy Gillespie, Pharoah Sanders, Wayne Shorter, Horace Silver. Elle enregistre Freedom Day sur l’album We Insist ! de Max Roach et Abbey Lincoln. Elle participe au mouvement des Droits civiques. Son premier album sort en 1974 : Afro Blues. Actrice, elle joue dans The Wiz, Sophisticated Lady. Lady Day en 1987 lui offre un Laurence Olivier Award pour son interprétation de Billie Holiday. En 1990, Dee Dee Bridgewater enregistre un duo avec Ray Charles. The Precious Thing la propulsera au sommet des charts. En France, l’artiste vocale multiplie les projets et collabore avec des musiciens aux talents superlatifs, dont Dédé Ceccarelli, les frères Belmondo, Thomas Bramerie. Le Grammy Award reçu pour Dear Ella (1997), dédié à Ella Fitzgerald, la consacre chanteuse de référence dans le monde du jazz.
Clôturant ces années parisiennes avec J’ai deux amours, Dee Dee Bridgewater prend un tournant avec sa nouvelle maison de production familiale en 2005. Voyage au Mali et au Sénégal. Les rencontres, d’inspirations spirituelles et musicales, seront riches. Dee Dee Bridgewater explore le jazz ouest-africain, entre philosophie et musique mandingue, avec des artistes tels qu’Oumou Sangaré, Tidiane Seck, Toumani Diabaté. Marquée par un sentiment d’appartenance culturelle entre le blues et la musique de Ségou, Dee Dee Bridgewater réenregistre Afro Blues, 4 Women notamment. De cette fusion naîtra Red Earth: A Malian Journey. Le documentaire Motherland (2014) lui est consacré. Le retour musical de Dee Dee Bridgewater se fera par les chemins du blues avec Memphis… I’m Ready en 2017, un répertoire qu’elle s’était longtemps refusé d’aborder. Ce blues, cette musique de « mauvaise vie » selon sa mère.
We Exist
Le Dee Dee Bridgewater Quartet, en tournée 2025, sillonne l’Europe. Le choix éditorial et musical de ce projet est résolument engagé. We Exist ! est un cri de ralliement. Sur scène, Dee Dee Bridgewater cite Wayne Shorter :
« Assez de se taire ! I can’t be silent, I’ve been through too much » « Ce pays qu’il appelait les Un-United States » (MJ5C).
En interview, elle détaille :
« Social, politique, économique, civique ! C’est la merde ! Et ça vient de chez moi ! Ce n’est pas possible ! »
Dee Dee Bridgewater, le corps engagé pour le droit à la démocratie, à la liberté d’expression, pour la paix, transfigure sa colère en énergie musicale militante. Elle chante Nina Simone, Mississippi Goddam :
« Gaza ! J’étais témoin d’un début de génocide ! » « Et c’est la chanson qui résume parfaitement la situation. »
Dee Dee Bridgewater : I Wish I Knew How It Would Feel to Be Free prolonge le discours original de Freedom Day de We Insist ! (Max Roach). Chansons engagées et évocatrices toujours d’actualité. Trying Times de Roberta Flack (First Take), « les temps difficiles ». I’m Supposed to Be Loved sur la violence. Compared to What contre la guerre et l’injustice. Le Dee Dee Bridgewater Quartet retrace le chemin parcouru et celui à parcourir. Les morceaux s’enchaînent en adéquation musicale avec la direction politique du projet. Énergisante, la diva intronise Danger Zone, qu’elle martèle d’une voix puissante aux vibes gospel. Musique soignée, performance vocale inouïe, pertinence des textes. Bien plus qu’une prière où la rage l’emporterait, Danger Zone est un appel à la prise de conscience, un manifeste des temps troubles, dénonçant une Amérique fracturée. Engagée depuis ses débuts dans la lutte pour les droits civiques aux USA, proche des Black Panthers et fervente admiratrice d’Angela Davis, Dee Dee Bridgewater raconte l’histoire des Afro-Américain·es, le racisme, dénonce le machisme.
Women in Power
Pour Dee Dee Bridgewater, NEA Jazz Master et membre du Memphis Music Hall of Fame, il est essentiel de soutenir les jeunes artistes, et elle applique ce qu’elle défend avec son association créée en 2019. The Woodshed Network est une plateforme de mentoring dédiée aux femmes dans le jazz. Elle réunit les forces vives de Dee Dee Bridgewater Productions, de l’incubateur D651’S pour les arts contemporains et la culture de la diaspora africaine, et de Juo Medi pour l’editing vidéo, film et télévision. L’objectif est d’augmenter la visibilité des scènes féminines dans le jazz. Avec son quartet résolument militant, Dee Dee Bridgewater met en lumière la relève. Ses musiciennes : la pianiste et directrice musicale Carmen Staaf (membre du Thelonious Monk Institute, aujourd’hui Herbie Hancock Institute of Jazz, et étoile montante du DownBeat Critics Poll), la batteuse Shirazette Tinnin (professeure au Berklee College of Music), également membres de The Woodshed Network, et Rosa Brunello à la contrebasse pour sa tournée européenne.
Le projet We Exist ! témoigne de l’importance de l’impact de l’activisme dans la création artistique. People Make the World Go Round. Sur scène, ça groove. Dee Dee Bridgewater propage un bonheur explosif et communicatif. Voyages musicaux, voix profonde, puissante, rythmique, bouleversante de questions universelles. Le projet We Exist ! du Dee Dee Bridgewater Quartet poursuit sa tournée européenne jusqu’en mai 2026, en passant par l’Amérique du Nord. La jazzwoman sera dans un autre univers en duo avec le pianiste Bill Charlap pour une série de concerts et leur nouvel album Elemental.
