Retrouvez toutes les semaines, la sélection culturelle et jazz du journaliste Gilbert d’Alto, pour le Jazzophone.
Retours en photos et en musique du Jazzophone du printemps 2015
C’était vendredi 11 avril 2015 à la Galerie Depardieu. Toute l’équipe du Jazzophone vous donne rendez-vous pour le prochain numéro d’été fin juin 2015. Voici l’enregistrement de la Jazzophone Session – Edition du printemps 2015 joué samedi soir et enregistré en direct de la Galerie Depardieu avec Fafla Demierondelle, Benjamin Grinda et Franck Delasoul aux platines.
Un livre sur le Jazz – Anita O’Day “High times, hard times”
Noir c’est noir, et pourtant c’est de la plus grande chanteuse blanche de jazz dont nous allons parler ici. Précipitez vous sur son autobiographie « High times, hard times », assurément un des plus grands livres jamais écrit sur le jazz, le vrai, pas celui des conservatoires…
Le Jazz et le triomphe du soleil
La Côte d’Azur et le Jazz, c’est avant tout une histoire d’amour, avec les Américains, sur fond de guerres mondiales. Ce nouveau courant musical, certes arrivé à un moment opportun, bénéficia de situations idéales, qui ont fait de ce territoire un centre de pratique du Jazz. Le mouvement d’euphorie et de libération qui envahit la France à deux reprises dans l’histoire marqua un intérêt pour la culture qui permit l’éclosion du Jazz.. Ce n’est pas un hasard également si plusieurs musiciens noirs américains choisiront de rester vivre en Europe, et en particulier sur la Côte d’Azur. Loin de la ségrégation qu’ils subissent aux USA, ils découvrent une région agréable et accueillante pour y travailler et y être reconnus en tant qu’artistes. Les musiciens français côtoient donc toujours autant de musiciens noirs américains, pour des concerts et des nuits endiablées dans la plupart des villes de la Côte d’Azur et ce jusqu’au bout de la nuit !! Très lié au tourisme d’abord hivernal, puis estival, le Jazz s’épanouit sur la Riviera française, qui accueille, de plus en plus, une clientèle internationale, à la recherche de sensations nouvelles et inédites.
#Interview : Sebastien Chaumont

Seb pour les aficionados du saxophoniste niçois Sébastien Chaumont, depuis une dizaine d’années, il est l’une des figures du jazz azuréen, un jazz très diversifié avec toutes ses tendances dont celle de Seb qui est dans la plus pure ligne de Charlie Parker avec des notes qui swinguent celles qui marquent les grands standards dans l’histoire du jazz.
Le Jazzophone
Saviez-vous, chers lecteurs du 2e numéro de notre remarquable magazine, qu’il y eut précédemment une autre revue consacrée au jazz qui portait le même nom, ce qui d’ailleurs nous inspira pour créer la nôtre ? Saviez-vous également que ce nom est tiré de celui d’un instrument de musique ?
La Galerie Depardieu
VOUS AVEZ DIT CONTEMPORAIN ?
Resurgie de ses cendres en plein cœur de Nice, la Galerie Depardieu est un espace culturel où se côtoient expositions de peintures, de sculptures et de photographies et spectacle vivant sous toutes ses formes : théâtre, lectures, danse, musique classique… et JAZZ ! La programmation de ce dernier, qui a été confiée à l’auteure de cet article (laquelle s’en acquitte avec joie), a déjà mis sur scène des jazzwomen and men de renommée internationale et bien entendu, les talents azuréens, qui s’y produisent régulièrement, principalement dans les courants « Be & Hard » Bop et Jazz actuel.
Gato Barbieri – Le Jazz et le chat argentin
Ca commence souvent comme ça : j’avais un copain qui… Et bien, justement, ça a commencé comme ça, un copain déjà féru de Jazz et moi qui n’avais pas encore franchi le Rubicon, je découvrais, je tâtonnais, j’expérimentais, et puis le choc : sur sa chaine B & O (un peu frimeur le copain), une musique syncopée, latine, prenant aux tripes, je regarde la pochette sur le sol : Gato Barbieri ; la vague m’a emporté.
Live report – Magma
CONCERT DU 13 FÉVRIER 2015 AU THÉÂTRE LINO VENTURA
Pour le curieux venu écouter Magma dans un TLV bondé – presque toute la clique est là ce soir, avec le ban accouru de la région et l’arrière-ban transalpin, plusieurs conclusions s’imposent assez vite :
Primo, on est heureux d’avoir bravé l’humide froidure pour en être – on croise des camarades, on baguenaude, le stand de pâtisseries orientales reste imbattable.
Secondo : coup d’oeil panoramique sur les gens dans la salle : Magma, c’est, manifestement, toujours une musique de darons – des darons manifestement sans leurs filles, et ça c’est regrettable – ah si, j’en aperçois quelques unes tout de même… D’accord.
Tertio, vu la complexité du répertoire de ce groupe bientôt demi-centenaire, poussant le zèle jusqu’à composer dans un langage obscur – le Kobaïen – eh bien j’ai intérêt, en vue de mon article, à dénicher dans cette foule de bonnes gens un particulier capable de m’éclairer fissa sur ce qui aura été joué… Ce sera chose faite avec ce photographe enragé de Magma, qui les suit depuis trente ans et me permettra de tirer au clair au moins la set-list – qu’il soit ici remercié. Même si recopier sans faute ces titres représente déjà, en soi, un labeur de Romain…

Quarto : que dire encore sur Magma, après quarante ans de glose? Renonçant à entreprendre ici l’escalade de cette montagne de roches ignées et éruptives, je me bornerai à quelques impressions de concert. Or, donc, après une digne arrivée sur scène de l’octuor (ou octet), la première pièce démarre dans un groove hendrixien qui laisse place à un curieux amalgame sonore évoquant le songe d’un marché merveilleux au pied d’un temple entre Essaouira et… bords de Loire ; ou brossant, quelques mesures plus tard, tout un monde entre Game of Thrones et comédie musicale. Le vibraphone s’y révèle particulièrement retors, Benoît Alziary semblant susciter, de ses mouvements saccadés et étranges, des serpents invisibles qui se tordent en pittoresques convulsions auxquelles la guitare, martiale, répond en un solo d’accords bruts. Alors, les tambourins mènent une danse latérale, puis l’on échoue comme sur une plage de l’Odyssée, après la rencontre des sirènes. Mer éternelle, calme marmoréen, mais un Vander-Héphaïtos ravive la machinerie, et l’on reviendra, conduits par les voix, emmenés par la main, tout au bord du quartier sacré qui nous accueillit initialement… Magma, c’est donc avant tout terriblement prenant – difficile de s’ennuyer tant cette musique enlace patiemment et puissamment narration et abstraction, sensualité et recherche formelle, sans faire poindre chez l’auditeur la moindre parcelle de migraine. Mais le récital continue. Encore une pièce imposante, avec ce second mouvement consacré à « un homme qui croyait dompter les éléments », précise Hervé Aknin. Démonstration de force magmatique, avec ces motifs repris à l’unisson par les voix, la guitare et la basse, transpositions fréquentes d’un ou plusieurs tons, passages instrumentaux massifs et quasi lo-fi, brutaux comme l’attaque d’un orque dans un océan démonté sous la tempête rythmique déchaînée par Vander, qui sue tant et plus. Puis les voix s’accordent de nouveau, tandis que les notes de guitare et de vibraphone saturent dans l’éclat rouge des projecteurs dont le crépuscule est balayé par un vent charriant des effluves de groove, de jazz, de rock pailleté par les derniers rayons solaires…

© Z@ius / Next Movement
On est alors prêts pour un autre voyage, avec le plus récent Slag Tanz ; un début typiquement 70s, qui ferait presque penser à la BO d’un impossible polar de Jacques Demy, puis c’est le départ vers d’autres rivages, aux décors de péplum cette fois, sur lesquels règnent les choeurs d’immémoriales magiciennes. Piano et vibraphone déploient des toiles immaculées, la guitare déroule son riff sur deux tons, en crescendo et en decrescendo, et l’on est toujours autant captivés, entre rictus incrédule et sourire de satisfaction.
Ensuite, on a droit à la présentation des musiciens, acclamés tour à tour, puis les « forces incommensurables de l’Univers » (dixit Aknin) font ressentir encore un peu de leurs puissants effets sur Zombie, « une petite balade pour terminer ». Moins marquant, plus systématique, ce titre révèle davantage les limites du groupe – si je puis me permettre, avant de m’expliquer : celles (de limites) qui incombent au poids considérable du batteur dans les compositions, les autres instrumentistes ayant, de fait, pour tâche de modeler leurs partitions autour d’une carcasse qui, parfois austère et rigide, acquiert au final une sécheresse de mortier à prise rapide. Même s’il possède, je l’admets, l’enviable longévité des ciments de l’époque romaine, de ceux qui assurèrent la cohésion du Pont du Gard, par exemple… Je mets Gard…
Le groupe est reparti en coulisses. Le public, peu pressé d’abandonner la salle du TLV, et sa rêverie sans doute, reste encore un peu, à contempler la scène désertée, à analyser le concert, humant les vapeurs telluriques exhalées par le monstre. C’est donc dans un flot de conversations enthousiastes et bon-enfant que nous serons malgré nous doucement aspirés vers le hall puis vers le bitume de l’Ariane, transis déjà, mais emportant, enclos en nous précieusement, de bien beaux fragments de l’épopée Magma.
Line up : Christian Vander, batterie / Stella Vander, Isabelle Feuillebois & Hervé Aknin : chant / Bruno Ruder, piano / Benoît Alziary, vibraphone / James Mac Gaw, guitare / Philippe Bussonnet, basse.
Set-list : Rïah Sahïlthaak / Köhntarkösz (second mouvement) / Slag Tanz / Présentation des musiciens / Zombies.


