#JAZZ&CINEMA Clint Eastwood

 

 

Clint Eastwood est non seulement un excellent comédien et un grand réalisateur, mais c’est aussi un musicien (il joue de la guitare et du piano), et surtout un défenseur acharné et ambassadeur de la cause du jazz. Dès son premier long métrage en tant que réalisateur «  Play Misty for me‘»( ridiculement traduit ici par ‘’ Un frisson dans la nuit « ), le jazz est présent, et l’intrigue tourne d’ailleurs autour du fameux morceau de Errol Garner, Clint s’étant octroyé le rôle d’un D.J. de Jazz, et dans une scène du film nous avons même droit à quelques extraits du Festival de Jazz de Monterey ( Californie) avec une prestation du quintet de Cannonball Adderley.

Le jazz marque toute son œuvre et il confie souvent la musique de ses films à des jazzmen comme Lalo Schifrin, Lennie Niehaus ou même Michel Legrand, avant que celle-ci ne soit confiée à partir des années 2000 à son fils Kyle devenu un grand contrebassiste de jazz après avoir débuté au cinéma aux côtés de son père en 1982 dans «  Honky Tonk Man », film qui dévoile une autre facette des amours musicales de Clint : la musique country.

En 1988, poussé par son amour du jazz, Clint va réaliser un » biopic » sur la vie de son idole Charlie Parker. Le film, simplement intitulé  » Bird », sera présenté à Cannes et Forest Whitaker qui incarne Parker remportera le Prix d’interprétation masculine. Si le film obtient un grand succès, il est néanmoins critiqué par quelques aficionados pour certains défauts, l’absence dans le film du personnage de Miles Davis (seulement évoqué en une phrase) n’en étant pas un des moindres.

Clint reste ancré dans le be-bop est produit la même année un documentaire biographique sur Thelonious Monk, «  Straight no chaser ».

 

Il retourne en 2003 à ses amours jazzistiques en réalisant pour la série de documentaires produite par Scorsese « Piano Blues »  dédiée à son instrument favori et aux grands musiciens qui en sont maîtres : Ray Charles, Dr John, Dave Brubeck…il dit avoir voulu avec ce film rendre hommage au jazz et au blues «  deux des plus grandes formes d’art de l’Amérique »

Ecoutons ce que dit Clint quant à l’importance de la musique : «J’ai toujours pensé que la musique était l’un des éléments les plus importants de ma vie. Ou d’un long métrage. La musique ne doit pas être délaissée au profit des dialogues. Comme le scénario, les acteurs ou le réalisateur, la musique contribue au succès du film » . Chose que notre homme Clint est l’un des plus grands à maitriser.

 

 

 

Photo : Ray Charles & Clint Eastwood, copyright Bac Films.

Ecrit par Gilbert D'Alto

#JAZZ&WORLD Tony Allen retour à la source

 

L’Afrobeat drummer Tony Allen décidément sur le toit du monde à 77 ans après son EP « A Tribute to Art Blakey And The Jazz Messengers » sorti en Mai, histoire de rendre un émouvant hommage à son modèle Art Blakey , arrive avec un album dont on peut penser qu’il sera la pierre angulaire de sa majestueuse discographie. Avec « The Source », le natif de Lagos réalise en effet un rêve d’enfant, lui qui est un des pères fondateurs de l’Afrobeat, graver un album pour le mythique label « Blue Note ».

Comme son maître si attaché à l’Afrique dont il n’est pas nécessaire de rappeler les états de service au sein de la prestigieuse «  maison note bleue », il touche les étoiles, marche sur le ciel survolant la terre rouge du continent originel, surfe sur les vagues du golfe de Guinée de son Nigéria natal.

La consécration pour Tony Allen qui n’a jamais aussi bien joué de la batterie et surtout n’a jamais été aussi libre et puissant qu’aujourd’hui dixit son saxophoniste Yann Jankielewicz qui marche sur les sentiers de la planète avec lui depuis maintenant dix ans. Ici tout n’est qu’intégrité, esthétisme sonore.

L’album, est enregistré exclusivement en analogique, philosophie vertueuse dont se réclamaient les fondateurs de Blue Note, Alfred Lion et Marx Margulis. Les harmonies rejoignent par leur nature hybride l’humain tout entier, le jazz n’étant en réalité ici qu’un mode de navigation permettant de remonter à la source africaine, aux origines de toutes les sonorités, des vibrations sincères.

De ses années de compagnon de route de Fela Kuti, Tony Allen a conservé sa patte unique d’arrangeur et cette incroyable capacité d’offrir des images à nos oreilles vite captivées par les changements, les couleurs en évolutions permanentes qui forment un canevas harmonique indéfinissable, une musique philosophique, voire mystique. Les morceaux se suivent pour former un tout. Les griots offrant un message universel de paix, d’amour.

Ses musiciens de toujours sont de la fête, mais également le prodigieux saxophoniste Rémi Sciuto et le tromboniste Daniel Zimmermann sont au service d’une musique qui offre beaucoup de liberté aux solistes. En plus de ce casting de onze musiciens, s’ajoute l’ami de longue date du batteur, Damon Albarn qui doit être ravi de participer à ce qui est déjà un album majeur.

L’Afrique plus que jamais au service du jazz : quoi de plus de normal que de retourner à la source ?

www.tonyallenafrobeat.com

Ecrit par David Rompteau

#JAZZ&RENCONTRE En attendant Ibrahim

 

 

I y a des concerts dont on se souvient plus que d’autres, quand ils se définissent en un mot : partage. Sur la scène ou dans le public, le partage se ressent par tous, et permet d’en apprendre plus sur l’autre. L’autre en question est Ibrahim Maalouf. Programmé au Nice Jazz Festival en 2016, mais reporté à 2017, il a voulu avoir à ses côtés des élèves du Conservatoire de Nice pour l’accompagner sur True Story (album « Illusion »). En tant qu’élève en accordéon, j’ai été contacté par Luc Fenoli, professeur de Musiques Actuelles, qui a dirigé le projet. Un vingtaine d’élèves de tout instrument : saxo, clarinette, trompette, trombone, violon, alto, chant, et de formation différente (classique, jazz, musiques actuelles) se sont mobilisés pour le projet. Chacun a préparé le morceau de son côté et on s’est tous retrouvé l’après-midi avant le concert pour une première répétition et une balance son. C’est le régisseur d’Ibrahim, Jean-Louis Couleard, qui nous a briefé sur le concert, puis son guitariste François Delporte qui nous a montré la structure du morceau en live. On l’a joué une fois avec tous les musiciens d’Ibrahim et ensuite François nous a donnés quelques conseils notamment pour mon solo, et pour l’entrée de chaque instrument. Avant le concert, on a pu parler un moment avec Ibrahim et son producteur-manager Jean-Louis Perrier. Il nous a dit le plaisir qu’il a de transmettre, surtout à travers l’improvisation, pas assez présente dans les conservatoires pour l’enseignement classique, et son désir de montrer une nouvelle approche de la musique aux élèves, plus moderne et plus ouverte. On a pu échanger ensemble sur la façon de moderniser autant un accordéon qu’une trompette, grâce à la recherche de son ou même aux modes. Mais pour lui créer une musique moderne c’est comme créer un monde dans lequel nous serions tous une seule et même culture.

23h, le concert commence, on écoute le début dans le public et vers minuit, on entre sur scène. Ibrahim fait entrer chaque instrument sur le thème, comme pour le “Bolero” de Ravel. Le public danse avec nous et semble ressentir les bonnes vibrations partagées par tous les musiciens de cultures, de formations musicales et de personnalités différentes, mais qui partagent ensemble la musique avec respect…

Belle leçon de vie.

www.ibrahimmaalouf.com

Ecrit par Clément Palomba

JAZZ&WORLD Ce Jazz venu du froid

Intermittent de l’errance auditive, j’ai, sans doute à cause d’un été torride, été faire un tour du côté d’une musique venue de ces pays ou jamais il ne fait si chaud qu’un jour de printemps dans nos contrées.

Je veux parler des pays scandinaves. Le vrai nord quoi…

Jan Garbarek avec sa somptueuse ballade « Red Wind » nous avait donné envie de lacs gelés (Brrr..!) de cascades tombant dans les fjords, de cris de Goélands cendrés au bord des glaciers. Lisa Ekdahl à la voix acidulée nous avait (parfois) charmés ; et bien, bien des années avant, il y eut le grand pianiste Bengt Hallberg et son beau touché. Depuis, quelques autres sont arrivés sur nos platines au fil du temps, mais sans jamais encore fondre sur nous comme un iceberg devant le réchauffement climatique. Et pourtant.

Pourtant, le jazz scandinave existe bel et bien, enraciné dans la culture et l’art de vivre de ces lieux .Oui par Odin ! Il existe, vit et se renouvelle sans cesse. Il y a des raisons objectives : il semble que l’éducation de ces pays offre un enseignement musical très développé, avec de nombreux conservatoires à forte réputation, nationale, voire internationale, et dont les cours intègrent le folk, le classique… et le jazz. Ces études-là, libérées des influences américaines et même européennes, créent des musiciens qui par leur tempérament boréal et paradoxalement chaud, dépassent les contraintes du classicisme ; créant un genre qui leur est propre. Cela,ajouté à une ouverture d’esprit toute nordique, donne une véritable existence à un style, à un Jazz original, libéré de cet ostracisme développé trop souvent chez nous par de soi-disant spécialistes, qui fait peur a beaucoup trop de gens, les privant du bonheur de goûter à la spontanéité de cette magnifique musique qu’est le jazz.

Allez, quelques pistes,

Bengt Hallberg ,( https://www.youtube.com/watch?v=0JsVEqD9OKA )

Atomic jazz band, (https://www.youtube.com/watch?v=4l5sWtcl8HE)

Lars Danielson ,( https://www.youtube.com/watch?v=t4ic9Re5v3o )

Hanna Paulsberg Concept,( https://www.youtube.com/watch?v=kIA9KT4kLQY)

Tord Gustavsen Quartet (https://www.youtube.com/watch?v=_3A6ziUPbdk

Rigmor Gustfasson (https://www.youtube.com/watch?v=VHMPQYfPNXc)

Tout ceci au hasard, sans choix ou parti pris d’aucune sorte n’est-ce pas ?

Cherchez.. Sur le net, dans les médiathèques, ailleurs…… il y a chez ces gens venus du froid une chaleur musicale étonnante, riche, novatrice qui va vous étonner.

God lytting !*

*Bonne écoute, en Norvégien

Ecrit par Jean Bellissime

JAZZ&ROCK Les Allman Brothers Band

Début des années 60 aux États Unis en Géorgie, Duane (chant et guitare) et Gregg (chant, orgue hammond, piano) jouent dans divers groupes dont Allman Joys et The Hour Glass. Duane est guitariste de studio pour Wilson Pickett, King Curtis, Aretha Franklin ou Otis Rush… Les frangins en 1969 forment en Floride les Allman Brothers Band avec Dicky Betts (guitare), Berry Oackley (basse), Butch Trucks et Jai JohanyJohanson dit Jaimoe, la particularité du groupe est d’avoir deux batteurs, un blanc et un noir, chose rare à l’époque, surtout dans le sud. Rapidement les ABB deviennent un groupe fondamental pour le blues, grâce à la voix de Gregg, grave et puissante plus son jeu de clavier, et avec la guitare lumineuse de Duane. Leur musique est aussi imprégnée de gospel, de soul et jazz… Ils s’affichent à des festivals avec BB King, Buddy Guy, ou à l’Atlanta Pop Festival en 70… En parallèle, Duane participe en 1970 au prodigieux groupe Derek and The Dominos d’ Eric Clapton, dontl sera issu le fameux titre « Layla ». Mais en deux années, les Allman Brothers Band effectuent plus de 500 concerts, du coup ils gravent un remarquable double album en public en 1971 « At Fillmore East » Hélas, Duane meurt d’un accident de moto (nov. 71), et puis c’est le bassiste Oackley qui subit le même sort un an après. À écouter un autre témoignage en public « Eat a Peach » qui sort en 1972. Les titres originaux sur scène sont prolongés dans des improvisations folles comme « In memory of Elisabeth Reed, Whippin’ Post, Dreams, Mountain Jam … ». L’arrivée du guitariste Dicky Betts et celle de Chuck Leavell au piano sont un nouvel élan à la formation initiale. En 1973 on remarquera l’album studio « Brothers ans Sisters » dont le bel instrumental « Jessica », une petite perle… De la séparation du groupe en1975 à une reformation en 1978, et une nouvelle séparation en 1982, Gregg de son côté formera The Gregg Allman Band… Mais c’est pour un retour exceptionnel en 1989 que les ABB renaissent avec la présence de Warren Haynes, chanteur guitariste des Gov’t Mule et Allen Woody le bassiste. Un must… Gregg écrira sa biographie en 2012 : « My Cross to Bear », on y trouve ce passage touchant : « … La musique est le sang de ma vie… J’adore jouer de la musique pour des gens qui l’apprécient. Quand mon heure viendra, je rejoindrai mon tombeau, et mon frangin m’accueillera par ces mots : Beau boulot petit frère, t’as vraiment assuré ! ». Et c’est vrai qu’ils ont assuré comme également les supers musiciens des Allman Brothers Band sur ces longues années. Et on réécoute avec un grand plaisir ce groupe magique!

http://allmanbrothersband.com

Ecrit par Jack Lalli

#INTERVIEW Monk sous la plume de son parolier Jon Hendricks

MONK SOUS LA PLUME DE SON PAROLIER JON HENDRICKS
Selon les informations recueillies auprès de Michèle Hendricks, sa fille

Par Yaël Angel

Thelonious Monk aurait eu cent ans le 10 octobre 2017. Si les vocalistes peuvent lui rendre hommage, c’est notamment grâce à l’œuvre de Jon Hendricks.

« Jon Hendricks, you the only motherfucker I want writtin’ lyrics to my songs »1.

Jon considère cette phrase de Monk comme le plus beau compliment de sa vie. Qu’à cela ne tienne : il écrira sur ses morceaux les plus « vocaux ». Si certaines paroles n’ont pu voir le jour du fait de batailles entre éditeurs, on doit à Jon Hendricks sept des textes que Carmen McRae interprètera sur son album « Carmen Sings Monk » paru en 1988 chez Novus : Pannonica (Little Butterfly), Ask Me Now (How I Wish), Reflections (Looking Back), In Walked Bud (Suddenly), Rhythm-a-Ning (Listen To Monk), I Mean You (You Know Who) et Monk’s Dream (Man, That Was a Dream). Comment tout cela a-t-il commencé ?

« In Walked Jon »

Jon Hendricks se concentre dans la salle d’attente du studio d’enregistrement. Alors qu’il était venu là en simple auditeur, Monk lui a lancé quelque chose du genre : « – Tu aimerais chanter sur In Walked Bud ? ». Il a vingt minutes pour composer les paroles qui lui manquent pour chanter. Suddenly, la version vocale d’In Walked Bud, fera le tour du monde, en commençant par cette session d’enregistrement mémorable d’un album à la pochette non moins mythique : « Underground », paru chez Columbia Records. Les paroles (ci-dessous) dépeignent cet âge d’or où les stars du Be Bop comme Dizzy, Bud ou Monk se retrouvaient à la fin de leurs concerts respectifs pour jammer jusqu’à l’aube. Elles mettent aussi en exergue le jeu unique de Monk.

Monk, le pianiste percussionniste

« Monk was thumpin’   « Monk martelait les touches du piano Suddenly in walked Bud Soudain Bud est entré

And then they got into somethin’” Et ça déménageait”

Monk ne posait pas ses doigts en arrondi comme le veut la technique, mais parallèlement aux touches, ce qui fait qu’il les « percutait ». Cela rend son jeu inimitable, mais lui a aussi valu de cruelles critiques, parce que cette position ne permet ni souplesse ni vélocité. Mais Monk n’était pas un musicien de « performance ». Il s’était d’ailleurs mis une grosse bague tournante au doigt, qu’il remettait sans cesse à l’endroit pour, dira-t-il, s’empêcher de jouer trop vite !

Mais pas pour l’empêcher de swinguer ! Au contraire, si l’on doit souligner un aspect plus qu’un autre, c’est peut-être sa recherche du placement rythmique « juste ». Il disait : « If you think you swing, then swing some more ! »2. Jon Hendricks l’écrit ainsi dans Listen To Monk, la version vocale de Rhythm-a-Ning:

« Some folks swing, some others don’t “Certains swinguent, d’autres non

Don’t you be the kind that won’t Ne sois pas de ceux-là

Thelonious can do that Thelonious peut faire ça

You listen to this cat” Écoute ce gars.”

Monk joue Monk

Toute sa vie, Monk a fait du Monk. Johnny Griffin l’avait entendu jouer des phrases d’Art Tatum, puis déclarer : « Ca ne m’intéresse pas de jouer comme ça (…) c’est de l’imitation ». Il avait la même sincérité dans sa vie privée. Regardez son sourire sur les vidéos pour vous en convaincre. Pas étonnant comme similitude: on joue ce que l’on est. Jon admirait cela et c’est aussi la raison pour laquelle il a tant créé pour lui.

Dans Monk’s Dream (« Le rêve de Monk »), il écrit :

I dreamed of a life that was pure and true (…) Je rêvais d’une vie pure et vraie (…)
I knew it was music I had to play Je savais que je devais jouer de la musique
I dreamed when I played, I would play my way Je rêvais que, quand je jouerais, ce serait

à ma façon

Munie des textes de Jon Hendricks, la musique de Monk a pris un autre visage. En la rendant plus accessible à certains auditeurs, il en a élargi la diffusion. Amis dans la vie, amis dans la musique, ces deux monuments du jazz avaient ceci en commun : privilégier l’émotion et ne pas céder à la facilité. Certainement deux qualités qui font qu’un artiste traverse l’Histoire.

1 « Jon Hendricks, tu es le seul …… (Hum) dont je veux bien des paroles sur mes chansons »

2 « Si vous croyez que vous swinguez, et bien swinguez plus ! »

Ecrit par Yael Angel

JAZZ&VOYAGE Aller Retour

Visiter la Grosse Pomme peut être à la fois frustrant et passionnant. Pour paraphraser Shakespeare,«New York entier est une scène; nous ne sommes que des joueurs». Voyons ça.

Le lieu: New York, New York … “so nice they named it twice”. En tant que Mecque incontestée du jazz, presque tous les musiciens, à un moment donné, y prévoient leur pèlerinage. Ce sera intimidant, peut-être même humiliant. Premier effet: en tant que musicien, vos compétences seront affinées. Soyez prêt pour la compétition. Un ami proche, extrêmement doué, est revenu de cette ville et en 6 mois son jeu s’est étonnamment amélioré. Deuxième: il y a un public cosmopolite qui est témoin des transformations et y participe. C’est un plus pour tous ceux qui sont impliqués.

Les scènes: voici les plus évidentes: Il y a le «Village Vanguard», le «Blue Note» et «Jazz at Lincoln Center».  Il y a aussi « Birdland », et à Harlem le célèbre «Minton’s».

Certains des clubs moins connus sont souvent ceux où on rencontrera des musiciens internationaux à la recherche d’endroits où ils peuvent faire le bœuf. À Greenwich Village, mes favoris sont «Small’s» et «Mezzrow’s», dont le propriétaire, le pianiste Spike Wilner, parcourt souvent la France. Il y a aussi le «Fat Cat», une salle de jeux avec du jazz. J’y ai rencontré le batteur Jimmy Cobb qui a joué sur le chef-d’œuvre «Kind of Blue». L’«Eleventh Street Bar» a une “jam-session” incroyable et vous risquez d’y croiser l’illustre Barry Harris.

Chez « Arturo’s », pendant ses sessions tardives, on peut même manger une pizza en écoutant la musique. Au «Smoke» un bon dîner peut être suivi d’une jam avec des musiciens du niveau d’Aaron Diehl ou de Lawrence Leathers. Les mardis soirs ne seraient pas complets sans aller à la jam du pianiste Marc Devine au restaurant «Cleopatra’s Needle». Même le grand saxophoniste Lou Donaldson y vient chanter. Au «Café Loup» l’incroyable Junior Mance a joué tous les dimanches pendant des années.

Quant aux lieux français, il y en a un fabuleux qui s’appelle«Jules» où le batteur expatrié Renaud Penant a amené son spectacle. Le restaurant «Chez Josephine» rend hommage à la Baker. Les acteurs de Broadway y vont après leurs spectacles et passent la soirée à côté du piano. À Brooklyn à «Fada » j’ai écouté le guitariste français, Stéphane Wremble, avec son groupe de jazz manouche. Le batteur niçois, Thomas Galliano, est rentré en France après des années à New York.

Il y a beaucoup de musiciens français qui vivent à New York, mais beaucoup plus qui vont et viennent, ou qui habitent entre les USA et la France, tels que le trompettiste Fabien Mary, le saxophoniste David Sauzay et le guitariste Yves Broqui. Et notre Sébastien Chaumont et le guitariste Linus Olsson font souvent le voyage à travers l’Atlantique. La chanteuse américaine, Aimée Allen, le fait le dans l’autre sens pour chanter à Nice.

Par contre, toutes les «scènes» ne sont pas forcément des scènes. Parfois New York elle-même est la scène. À Central Park on trouvera de la musique jouée par des musiciens professionnels. Il y a également de la musique dans les terminaux de métro.

Les joueurs: Les musiciens de la ville forment un type de «Chœur grec» moderne, souvent hilarant, sur l’action dramatique et musicale. Nous avons déjà parlé de certains d’entre eux, mais il y a encore plus. Le pianiste et chanteur Johnny O’Neal, par exemple possède l’un des spectacles “live” les plus amusants que je n’ai jamais vus. Il a même interprété le pianiste Art Tatum dans le film “Ray”. Il était à Nice pour le Jazz Festival 2017. New York possède plusieurs personnages originaux, mais que l’on rencontrera plus facilement si on est accompagné par un natif.

Alors, le plus important…la musique!: Le jazz d’aujourd’hui est soutenu par un flux constant de jeunes musiciens qui viennent sur la côte Est pour bénéficier de la transmission. Ils viennent étudier à New School ou à Juilliard. Ils viennent apprendre à la façon de Bird, Miles et Trane en côtoyant des légendes comme Lou, Junior et Jimmy. Ils viennent du monde entier à l’atelier de Barry les mardis soir.

Donc, bien que parfois NYC puisse être un véritable théâtre de l’absurde, personne ne l’accusera jamais d’être ennuyeuse. Il y a pléthore de jazz de classe mondiale et on réalise qu’il n’est pas possible de tout voir en un seul voyage. Nous reviendrons.

Ecrit par Denia Ridley

#INTERVIEW Youn Sun Nah

La chanteuse coréenne est l’artiste qui a autant de contradicteurs que d’admirateurs, car, en général les chanteuses de jazz ont le plus souvent une voix grave et Youn Sun Nah est plutôt dans les aigus, des aigus les plus extrêmes.

Les organisateurs de festivals l’invitent, car c’est quand même une grande voix qui ne laisse pas indifférent. Elle était cette année au Nice Jazz Festival (1)

La voix de porcelaine, comme certains critiques la définissent, est amoureuse de la France même si depuis 2 ans, elle vit en Corée et enregistre à New York. Amoureuse d’un pays qui lui a fait découvrir le jazz, si bien qu’en 2005, elle remporte son premier prix à Antibes Révélation Jazz. La suite va très vite, la petite Coréenne est devenue une star internationale qui n’oublie pas de chanter en français et travailler avec le nouveau petit génie de l’accordéon Vincent Peirani avec qui, elle a composé Empty Dream, sans oublier qu’elle laisse pantois ceux qui l’ont écouté chanter « Avec le temps » de Léo Ferré. C’est indéniable la force de Youn Sun Nah c’est de passer d’un extrême romantisme à une sorte d’hystérie où, elle seule peut le faire dans des aigus à se mettre des boules Quies dans les oreilles.

Youn Sun Nah: j’ai vraiment essayé de chanter plus bas au début, à tel point que j’ai failli abandonner le chant…en tous cas, je ne pourrais jamais chanter comme Ella Fitzgerald ou Billie Holiday, mais vous verrez dans quelques années j’aurai vieilli, je vous surprendrai peut être…mais pour le moment, je chante beaucoup en Corée ou dans les pays asiatiques, et là, par contre, on veut m ‘entendre dans ces tons aigus.

JP Lamouroux : Quel est l’origine de votre nom ?

Youn Sun Nah: En fait, Youn, c’est  Jade et Soun ça vient d’une histoire légendaire d’un roi qui en Corée n’a pas de nom…Il gouvernait bien, mais il voulait savoir s’il pouvait donner un bon ou un mauvais conseil. S’il était mauvais, il mettait une Jade qui était attachée à sa couronne…Youn, c’est le jade, Sun, c’est l’histoire de tout çà et Nah est mon nom de famille

JPL : Comment composez-vous et en quelle circonstance ?

Youn Sun Nah: Oh, vous savez, je suis plus une chanteuse qu’une compositrice, quand c’est le cas, j’ai besoin de temps, de beaucoup de temps. La même chose quand j’enregistre, il me faut un mois ou deux.

JP L: Votre amour pour la France vous amène à lire les grands auteurs, qu’en est-il?

Youn Sun Nah : Quand j’étais à l’Université en Corée, je lisais Balzac, bien sûr en coréen, mais depuis je lis en français vos grands auteurs, mais j’aime surtout les textes de vos célèbres chanteurs comme Brel, Ferré, Aznavour, parfois j’ai envie de pleurer quand j’écoute certains morceaux.

. Après ses CD précédants Voyage et Lento, 4 ans après, elle nous propose She Moves In en hommage à la musique nord-américaine, d’ailleurs ce titre était celui d’un morceau d’un enregistrement en 1990 de Paul Simon. Pour son dernier CD, la rythmique est magique avec Dan Rieser à la batterie, Brad Jones à la basse et, il faut souligner que sur un titre dont l’extraordinaire Drifting ( une balade de Jiimi  Hendrix ) c’est le guitariste Marc Ribot que l’on peut découvrir. Bref, hurlante ou chuchotante, Youn Sun Nah devrait continuer à nous surprendre… même si ce n’est pas forcement du jazz diront les puristes.

Jamie Saft (piano, orgue Hamond)

Brad Jones (double basse)

Clifton Hyde (guitare)

Dan Rieser (batterie

www.younsunnah.com

Ecrit par Jean-Pierre Lamouroux

#PORTRAIT Serenade to Roland

 Je devais avoir quatorze ou quinze ans lorsque Rahsaan Roland Kirk surgit dans ma vie de jeune flûtiste avec sa « Serenade to a Cuckoo ». J’avoue que j’ai mis des années à entrevoir l’héritage que ce musicien considérable laisserait. Kirk est difficile à comprendre. Il est jazzman, il joue des saxophones et de la flûte traversière comme personne… d’ailleurs, personne n’a vraiment joué comme lui ensuite. Mais que nous a donc laissé Rahsaan ?

Une empreinte de géant. Celle d’un musicien de la démesure, harnaché sur scène de deux, trois ou quatre saxophones, pourvu de flûtes accrochées à sa veste, de sifflets variés, appeaux, flûtes nasales, trumpophone1, stritch2, saxello3, cor anglais, la tête coiffée d’un bonnet gigantesque, sa cécité cachée derrière de massives lunettes noires. Celle d’un musicien météorique, actif durant seize ans, pugnace au point de jouer encore alors qu’une attaque l’avait laissé hémiplégique, en bricolant ses instruments pour pouvoir les utiliser d’une seule main. Roland Kirk, c’est l’art de jouer simultanément de plusieurs instruments. Roland Kirk, c’est l’audace de passer d’une mélodie mainstream à un solo déconstruit, c’est l’énergie d’assommer son auditoire à coups de cris fulgurants et de broder un gimmick en chantonnant dans sa flûte.

D’aucuns le présenteront comme un black master of black classical music et c’est en effet un monument qu’il s’agit de redécouvrir ici. Non un monument qu’on ne saurait gravir, mais un de ceux qui bousculent en restant terriblement humains. Issu de la génération hard-bop, Roland Kirk déploie un répertoire des prémisses du ragtime au free jazz le plus engagé. Il absorbe aussi le rock et la musique contemporaine. Tout passe par la moulinette sonore de Roland Kirk. Pour autant, jamais l’originalité n’éteint la voix de ses inspirateurs. Lorsqu’il réinterprète le « Blues for Alice » de Charlie Parker, c’est comme si l’auteur avait pris quelque substance stimulante sans jamais perdre de sa lucidité. Et puis Kirk est un véritable chercheur. Il repousse sans cesse ses limites physiques grâce à des techniques nouvelles dans le monde du jazz. Outre le jeu multiple, il développe une respiration circulaire qu’il baptise respiration sphérique comme les musiciens australiens et leur didgeridoo. De là, il tire de longs phrasés, étire des sons jusqu’à les rendre… inhumains si l’on peut dire. Il intègre au jeu de flûte traversière des techniques sonores issues de la flûte peule.

Son jeu a d’ailleurs inspiré la plupart des flûtistes des années soixante à aujourd’hui, mais aussi nombre de saxophonistes. Sans lui, Ian Anderson aurait-il été le sautillant flûtiste de Jethro Tull ? Dana Colley, saxophoniste du groupe Morphine, aurait-il joué simultanément du ténor et du baryton ? Il suffit d’écouter les soli géniaux de Sandro Cerino pour saisir que Kirk a ouvert une voie. Greg Pattillo ne maîtrise-t-il pas son flute beatboxing grâce à Kirk ? Frank Zappa, outre une performance avec lui, cite souvent Kirk, notamment dans le livret de Freak Out. Kirk, c’est le trait d’union entre jazz et pop, derviche titanesque déployant Ellington et Coltrane sur des rythmes afros, clamant des slogans politiques, ou flirtant avec la transe. Enfin, je ne me lasse pas de dire que, si le nom de Roland Kirk est ignoré du grand public, tout le monde ou presque l’a écouté dans « Soul Bossa Nova ».

Discographie kirkienne :

We Free Kings, Mercury, 1961, avec Richard Wyands, Art Davis,Charlie Persip, Hank Jones et Wendell Marshall

Kirk in Copenhagen, Mercury, 1963, avec Tete Montoliu, Niels-Henning Ørsted Pedersen, J. C. Moses, Don Moore et Sonny Boy Williamson

I Talk With The Spirits, Limelight, 1964, avec Bobby Moses, Horace Parlan, Michael Fleming, Walter Perkins et Crystal Joy Albert

Volunteered Slavery, Atlantic, 1969, avec Ron Burton, Jimmy Hopps, Dick Griffith, Charles McGhee, Vernon Martin, Charles Crosby, Sonny Brown Joe Habad Texidor, The Roland Kirk Spirit Choir

Charles Mingus, Mingus at Carnegie Hall, Atlantic, 1974

Quincy Jones, Big Band Bossa Nova, Mercury, 1962

Aujourd’hui :

Fred Couderc, Kirkophonie, Cristal Records, 2006

À lire :

Guy Cosson, Rahsaan Roland Kirk, Éditions du Layeur, 2006

1 Trompette modifiée par R. R. K.

2 Sorte de saxophone, ressemblant à un grand soprano, en mi, de la tessiture de l’alto et développé par la marque Buescher.

3 Saxophone semblable à un soprano avec un pavillon et un bocal courbés, rebaptisé manzello par Kirk.

Ecrit par Emmanuel Desestre

#JAZZ&HISTOIRE Soul of a Nation

Nous sommes en mai 1963 lorsque James Baldwin rencontre, en comité restreint, Robert Kennedy qui était encore procureur général (son frère sera assassiné en novembre). L’écrivain résume l’entretien de manière cinglante : « je me rappelle lorsque l’ancien procureur général, Mr Robert Kennedy, a dit qu’il était concevable que, dans 40 ans, en Amérique, nous puissions avoir un Président noir. Ça ressemblait à une déclaration très émancipatrice pour les blancs. Mais ils n’étaient pas à Harlem quand ils ont entendu cette déclaration. Ils n’ont pas entendu les rires et l’amertume et le mépris avec lesquels cette déclaration a été accueillie. Du point de vue de l’homme d’Harlem chez son barbier, Bobby Kennedy vient d’apparaitre hier et il est déjà sur le point d’être Président. Nous étions là depuis 400 ans et il nous dit que, peut-être dans 40 ans, si vous êtes bon, nous vous laisserons peut-être devenir Président ».

C’est la première image qui vient à l’esprit lorsque l’on visite l’exposition « Soul of a nation Art in the edge of Black power » au Tate Modern à Londres (jusqu’au 22 octobre 2017). Nous entrons de plain-pied dans les années 70, une période de bouillonnement artistique intense pour permettre l’expression d’une fierté retrouvée. L’affiche de l’exposition est symbolique avec ce tableau de 1969 de Barkley L. Hendricks où il se dessine nu avec un tee-shirt de Superman et intitulé : « Icon for my man Superman (Superman never saved any black people Bobby Seale) ». La partie entre parenthèses est une citation de Bobby Seale, célèbre activiste et co-fondateur du parti des Black Panthers lors de son procès la même année.

Outre l’intérêt artistique passionnant (peinture, sculpture, dessin …), nécessaire pour s’imprégner de cette période, les commissaires de l’exposition ont eu l’excellente idée de compléter cette manifestation par la sortie d’un double album (clin d’œil aux amis du vinyle) reprenant le visuel de l’affiche et intitulé « Soul of a nation Afro-centric visions in the age of Black power Underground jazz, street funk & the roots of rap 1968-79 » (Soul Jazz Records). L’assassinat de Martin Luther King en avril 1968 vient définitivement sonner le glas d’une vision idéaliste d’un vivre ensemble, certes nécessaire à cette époque pour faire avancer les droits des noirs américains. L’Amérique entre de plain-pied dans une période de contestation et de revendication d’une identité noire assumée : « Say it loud ! I’m black and I’m proud ».

Il était impensable que la musique soit imperméable à cette lame de fond. Le principal sentiment qui transpire ce parcours musical est l’appropriation de racines africaines trop longtemps occultées. On sent également un mouvement de liberté et d’affranchissement des règles imposées par la société … et l’industrie du disque (autoproduction, morceaux non calibrés pour les radios).

Les deux têtes d’affiches sont Roy Ayers en version Ubiquity avec « Red, black and green » (les couleurs de la révolte) et Gil Scott-Heron et son « The revolution will not be televised » (personnellement j’aurai plutôt opté pour « Home is where the hatred is » ou « Lady Day and John Coltrane » extraits du même album).

Les producteurs n’ont pas hésité à aller plus loin et à mettre en valeur de véritables pépites. Joe Henderson et son saxophone s’invitent avec un magnifique « Black narcissus » extrait de l’album « Power to the people » où il est accompagné de Ron Carter, Herbie Hancock, Jack de Johnette et Mike Lawrence. Doug Carn exprime sa foi musulmane en citant des sourates du Coran pendant 5 min de jazz funk très dansant (« Suratal Ihklas »). Je citerai également Carlos Garnett, autre saxophoniste talentueux qui a exercé auprès de Miles Davis ou d’Art Blakey’s Jazz Messengers, et qui propose un « Mother of the future » enflammé, apparu sur l’album « Black love » (1974).

Bien évidemment, d’autres artistes talentueux partagent l’affiche de ce superbe objet. Parcourir l’intérieur de la pochette est un régal avec un texte d’accompagnement complet et détaillé et de nombreuses photos. L’écoute de cet album doit vous inciter à poursuivre l’exploration de cette période très riche. Un petit Lonnie Liston Smith serait un premier pas engageant.

Ecrit par Cyril Hely
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