#INTERVIEW “L’arbre à sons” d’Eric Seva

 

Le nouveau projet musical du saxophoniste baryton Eric Séva débute fort bien après une résidence à Cannes dans le magnifique site de la villa Domergue suivid’un concert en août avec son quartet (1). Une nouvelle étape pour ce prolifique compositeur qui fût initié au jazz par le dessinateur Cabu avant d’être désigné par la revue Jazz Magazine pour son CD Nomade Sonore, choc de l’année 2015.

Une belle reconnaissance pour Eric Séva, 10 ans après son passage au sein de l’Orchestre National de Jazz dirigé par Franck Tortiller. Une carrière toujours en ébullition pour ce natif de Marmande dans le Tarn et l’intitulé de son nouveau projet ” L’ Arbre à Sons ” n’a rien du hasard quand on sait qu’en Afrique, on l’appelle aussi l’Arbre à Palabres, lieu de rassemblement pour s’exprimer librement à l’ombre d’un baobab, une image qui sied parfaitement à Eric Séva qui, depuis longtemps, visite toutes les musiques ( Les Silences Roumains de Bela Bartok) et voyage à travers le monde entre deux balades, seul en montagne avec un saxophone en bandoulière.

Eric Seva : …c’est un choc pour un nomade quand il se pose à la Villa Domergue qui surplombe la mer, je ne pensais pas que je trouverais une telle atmosphère, je dirais même un bruyant silence envoûtant avec en plus, au même moment, une exposition sur l’œuvre de Man Ray où j’ai découvert l’univers très diversifié de l’artiste, il a été un guide et une inspiration pour moi et, j’ai déjà un titre pour mon prochain CD « En regardant l’0 Domergue »

JP Lamouroux : Continuez-vous à voyager ?

Eric Seva : Je suis rentré du Venezuela où j’ai travaillé avec plusieurs Big Band dont, le Simon Bolivar et j’ai interprété une pièce que j’ai écrite pour orchestre symphonique et orchestre de jazz, il faut savoir que l’éducation musicale, dans ce pays est importante et commence très tôt, ce fût à l’initiative d’un grand monsieur, le maestro José Antonio Abreu.

JP L : Comment travaillez-vous ?

Eric Seva : Je compose généralement pour le quartet et j’arrange pour une grande formation avec l’aide précieuse de Khali Chahine qui a composé pour Nomade le morceau Guizeh ainsi que plusieurs arrangements que j’avais emportés au Venezuela…j’ai besoin de temps pour écrire la musique, pour moi, les compositions, ce sont des histoires…je pense aux gens qui vont écouter, bien assis, ils doivent à travers ces sons, cheminer comme une promenade, inventer des paysages, des moments, un peu comme de jolis rêves, je tends une passerelle avec eux et de mon côté, c’est un peu çà aussi, quand je compose, par exemple en montagne, j’ai mon dictaphone et mon sax, à chaque arrêt dans un chemin, j’imagine, je rêve aussi et je joue les premières notes de ce rêve.

JP L : Vous êtes fidèle depuis longtemps aux musiciens qui enregistrent avec vous, qu’en est-il ?

Eric Seva : Ces musiciens sont devenus des copains, je ne me vois pas les abandonner, de plus, souvent, j’écris pour trois voix ,j’ai développé un son, je connais les capacités de chacun ,ils savent que je laisse des grandes plages d’improvisations et qu’ils vont profiter de ces moments pour s’exprimer à fond, il n’y a pas de routine malgré les 50 concerts que nous avons faits ensemble, au contraire, je suis surpris à chaque fois d’une nouvelle ligne de sons.

JP L : Que faites-vous en dehors de la musique ?

Eric Seva : J’aime lire, je suis attiré par tout ce qui est méditation et, bien sûr, je suis du Sud-Ouest, de savoir que je vais vous parler de foie gras et de magret de canard, me fait déjà saliver !!!

Moment émouvant lors de ce concert, en rappel, le quartet a joué Cheeky Monkey, une musique dédiée aux 12 personnes disparues le 7 janvier dans l’attentat de Charlie Hebdo. En attendant le CD qui aura une couleur Domergue et Man Ray regardant la Côte d’Azur, c’est Body and Blues enregistré en janvier qui va sortir ces prochains jours ;

-Eric Seva – Saxophone Baryton

-Bruno Schorp – contrebasse

-Daniel Zimmerman – trombone

-Mathieu Chazarenc – batterie

ericseva.com/fr/actualites/

Ecrit par Jean-Pierre Lamouroux

#SURLAPISTEDUN33TOURS Brigitte Fontaine “Comme à la Radio”

Sur la piste d’un 33 tours par Benjamin Grinda

 

 

Brigitte Fontaine, Comme A La Radio, Saravah records, 1970

Comme À La Radio n’est pas un disque de jazz à proprement parler. Creuset de multiples influences, cet album paru à l’issue d’une série de concerts donnés par la poétesse entre 1969 et 1970 est une rupture, une mise en acte engagé, une oeuvre d’art totale. OVNI musical, il parle pourtant du Jazz, comme de toutes les musiques rebelles, en réhabilitant leur vocation subversive.

Connue pour son humour grinçant depuis son premier opus signé chez Saravah en 1968, Brigitte Fontaine est … Folle, le second projet de la chanteuse porté par le label libertaire s’annonce révolutionnaire. Entourée d’Areski et de Jacques Higelin, Brigitte Fontaine est également accompagnée de l’Art Ensemble Of Chicago, quatuor de musiciens noirs américains récemment installé à Paris. Leur philosophie épouse une liberté d’expression totale, représentative de leur conception du jazz : “le Jazz signifie simplement la liberté de prendre de multiples formes”.1

Mélange d’influences, de performance artistique et d’improvisation, leur collaboration scénique aboutit à la conception de l’album, où se mêlent folk, free Jazz, musique orientale, art brut et talk over. Les compositions musicales débridées et les textes hallucinés assènent la folie d’un quotidien qui régit notre monde somnambule. Comme À La Radio est une aventure épique, vouée à sortir l’auditeur de sa propre torpeur, celle qui rend sourde, aveugle et muette. Brigitte Fontaine décoche ses flèches poétiques comme autant d’aiguillons acérés destinés à réveiller les consciences. D’un point de vue formel, le résultat n’est ni éclectique, ni une fusion : c’est un réarrangement, qui outrepasse les formes musicales les plus cadrées pour proposer une “matrice de créativité” dans la lignée de la Great Black Music.

Brigitte Fontaine est … folle? Pas tant que ça. Sous ses airs délurés et fantasques, la diva loufoque a bien la prétention d’être normale. Qu’est-ce que la frontière entre le normal et le pathologique, à l’aune de notre monde ? Sans doute de refuser la perversion d’une société du pousse-au-jouir, habitée par un art du bluff permanent. “Ce que nous faisons, ce n’est pas de la musique-objet. Dans mes chansons, le texte est capital, mais il ne sert à rien. La musique seule peut le faire vivre. Quand je chante, ce n’est pas un concert, ce n’est pas un récital, c’est un drame.” 2

Playlist :

Comme À La Radio

Tanka II

Le Brouillard

J’ai 26 Ans

L’Été l’Été

Encore

Léo

Les Petits Chevaux

Tanka I

Lettre à Mr Le Chef de Gare de la Tour de Carol

1Duke Ellington, cit., 1947

2B. Fontaine, Le Monde, 1970

Ecrit par Benjamin Grinda

#PORTRAIT Pierre Bertrand

Musicien à multiples casquettes, saxophoniste, flûtiste, arrangeur, compositeur, chef d’orchestre, Pierre Bertrand est l’un des phares de la musique de jazz (mais pas seulement) en France. Né à Cagnes-sur-Mer dans les années 70, le jeune Pierre Bertrand montre très tôt des dispositions pour la musique. Suite →

Ecrit par Gilbert D'Alto

Parole de Jazz #5

Stratégie de la claque : N’écouter disques et concerts qu’en vue de prendre des mandales (Bar Kokhba, Lillin), pardon, … subir des « chocs esthétiques ». Bien se faire gifler, recevoir de bonnes taloches sonores (Marc Ducret, Metatonal) et des avoinées sensorielles (Ornette Coleman, Focus on Sanity). Se faire taper dessus par la musique comme sur des enclumes, mais façon désordonnée, imprévisible (Noel Akchote, KCS). On anticipe la suite, c’est raté. On déduit une résolution d’accords, on laisse tomber. On chante sur une impro, on change de disque.
Ou alors on est bêtement surpris, et c’est gagné (Steve Coleman, Morphing).
Et si plus sa heurte et ça fait mal (The Lounge Lizards, Sharks), on l’a, la giroflée musicale (Don Cherry, Brilliant Action), le ‘choc esthétique’ (Siegfried Kessler/Daunik Lazro, Aeros). Pas de choc, pas de surprise. Pas de surprise, pas d’émotion. Pas d’émotion, pas d’intérêt …, ascenseurs, supermarchés, festivals d’été.
Approche non intellectuelle de la musique. On laisse ça aux commentateurs, musicologues, collectionneurs, critiques, profs et étudiants (et aussi aux pisse-froids). À eux la charge du fond et de la forme, du contexte, de la construction et des références. À nous les baffes (Dolphy, Out to lunch) ! À eux les citations et les notes de bas de page, à nous la beigne extatique (Dave Douglas, Actualities). Ça vaut aussi pour le cinéma, la littérature, les arts plastiques et le reste. Si pas de frappes émotionnelles violentes, rien à carrer. Eraser Head et je t’aime Albert plutôt qu’autre chose.
Plus on connait un musicien, un morceau, moins il devrait choquer. Mais non, bizarrement ça dure … Peut-être qu’on est construit comme il faut et qu’il existe dans nos caboches un mécanisme d’oubli qui permet la répétition des tartes par les mêmes causes (Bjork, Kata Rokkar).
Comme dit un cher pianiste local qui va loin avec son instrument : « Merde à A Kind of Blue ! » Sûr qu’en termes de surprise et de violence, c’est pas ça. OK, c’est chaud, c’est doux, mais ça estomaque moins que les branlées de l’Olatunji Concert. Même si on entend le même ténor dans les deux. Bref, de 1959, on préfère ‘The Shape of Jazz to Come’.
Vive la sauvagerie (Mary Halvorson, Momentary Lapse) et la saleté (Shepp, Mama Rose) ! plutôt Dewey Redman (Thren) que fiston, Sun Ra (Discipline 33) que Kamasi Washington (dans les meilleurs albums 2016 de Wire, WTF?). Plutôt ceux cités plus haut que ceux, davantage présents dans les bacs, qui hantent les festivals estivaux du coin.

Ecrit par Thomas Guillemaud

Live Report : Week end Jazz à Cannes et Coaraze

De retour d’Italie et du club La Mosca Bianca à Vintimille, l’équipe du Jazzophone se retrouva avec bonheur sur la très belle  place  de la Castre au Suquet, a  la vue époustouflante qui surplombe toute la ville de Cannes,.Un point de vue à couper le  souffle, qui servait d’écrin au “Tribute to Bill Evans” interprété par le Bernard Weidmann Trio, avec Fred Pérréard, piano (électrique, hélas), Pierrre Marcus (contrebasse) et , bien sur, Bernard Weidmann, batterie, dans le cadre du “Suquet des Arts” manifestation artistique et gratuite. Suite →

Ecrit par Gilbert D'Alto

Persona Non Grata


C’est le cœur meurtri et choqué devant les images de mon poste de télévision que je prends la plume chers lecteurs. Décidément de tous temps les hommes ont eu la fâcheuse tendance de croire que leur race se devait d’être supérieure à celle des autres. Et c’est bien entendu l’actualité qui me conduit, une fois de plus à cette réflexion.

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Ecrit par David Rompteau

#LIVEREPORT : Noé Zagroun Quartet

Dans le cadre des concerts organisés par ABC Music Projects en collaboration avec Imago records & productions, nous avons pu assister le dimanche 23 juillet 2017 à la Cave Bianchi dans le cadre des Nice Jazz Festival Friends à un concert exceptionnel du  Noé Zagroun Quartet  (Noé Zagroun,  piano, Jacob Vacek, guitare, Axell Tamdrari, basse, Alexandre Gauthier,  batterie), gagnants du Prix du Public du Tremplin du Nice Jazz Festival 2017.

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Ecrit par Gilbert D'Alto
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