Le Jazzophone

Saviez-vous, chers lecteurs du 2e numéro de notre remarquable magazine, qu’il y eut précédemment une autre revue consacrée au jazz qui portait le même nom, ce qui d’ailleurs nous inspira pour créer la nôtre ? Saviez-vous également que ce nom est tiré de celui d’un instrument de musique ?

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Ecrit par Gilbert D'Alto

La Galerie Depardieu

VOUS AVEZ DIT CONTEMPORAIN ?

Resurgie de ses cendres en plein cœur de Nice, la Galerie Depardieu est un espace culturel où se côtoient expositions de peintures, de sculptures et de photographies et spectacle vivant sous toutes ses formes : théâtre, lectures, danse, musique classique… et JAZZ ! La programmation de ce dernier, qui a été confiée à l’auteure de cet article (laquelle s’en acquitte avec joie), a déjà mis sur scène des jazzwomen and men de renommée internationale et bien entendu, les talents azuréens, qui s’y produisent régulièrement, principalement dans les courants « Be & Hard » Bop et Jazz actuel.

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Ecrit par Yael Angel

Gato Barbieri – Le Jazz et le chat argentin

Ca commence souvent comme ça : j’avais un copain qui… Et bien, justement, ça a commencé comme ça, un copain déjà féru de Jazz et moi qui n’avais pas encore franchi le Rubicon, je découvrais, je tâtonnais, j’expérimentais, et puis le choc : sur sa chaine B & O (un peu frimeur le copain), une musique syncopée, latine, prenant aux tripes, je regarde la pochette sur le sol : Gato Barbieri ; la vague m’a emporté.

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Ecrit par Jean Bellissime

Live report – Magma

CONCERT DU 13 FÉVRIER 2015 AU THÉÂTRE LINO VENTURA

Pour le curieux venu écouter Magma dans un TLV bondé – presque toute la clique est là ce soir, avec le ban accouru de la région et l’arrière-ban transalpin, plusieurs conclusions s’imposent assez vite :
Primo, on est heureux d’avoir bravé l’humide froidure pour en être – on croise des camarades, on baguenaude, le stand de pâtisseries orientales reste imbattable.
Secondo : coup d’oeil panoramique sur les gens dans la salle : Magma, c’est, manifestement, toujours une musique de darons – des darons manifestement sans leurs filles, et ça c’est regrettable – ah si, j’en aperçois quelques unes tout de même… D’accord.
Tertio, vu la complexité du répertoire de ce groupe bientôt demi-centenaire, poussant le zèle jusqu’à composer dans un langage obscur – le Kobaïen – eh bien j’ai intérêt, en vue de mon article, à dénicher dans cette foule de bonnes gens un particulier capable de m’éclairer fissa sur ce qui aura été joué… Ce sera chose faite avec ce photographe enragé de Magma, qui les suit depuis trente ans et me permettra de tirer au clair au moins la set-list – qu’il soit ici remercié. Même si recopier sans faute ces titres représente déjà, en soi, un labeur de Romain…

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Quarto : que dire encore sur Magma, après quarante ans de glose? Renonçant à entreprendre ici l’escalade de cette montagne de roches ignées et éruptives, je me bornerai à quelques impressions de concert. Or, donc, après une digne arrivée sur scène de l’octuor (ou octet), la première pièce démarre dans un groove hendrixien qui laisse place à un curieux amalgame sonore évoquant le songe d’un marché merveilleux au pied d’un temple entre Essaouira et… bords de Loire ; ou brossant, quelques mesures plus tard, tout un monde entre Game of Thrones et comédie musicale. Le vibraphone s’y révèle particulièrement retors, Benoît Alziary semblant susciter, de ses mouvements saccadés et étranges, des serpents invisibles qui se tordent en pittoresques convulsions auxquelles la guitare, martiale, répond en un solo d’accords bruts. Alors, les tambourins mènent une danse latérale, puis l’on échoue comme sur une plage de l’Odyssée, après la rencontre des sirènes. Mer éternelle, calme marmoréen, mais un Vander-Héphaïtos ravive la machinerie, et l’on reviendra, conduits par les voix, emmenés par la main, tout au bord du quartier sacré qui nous accueillit initialement… Magma, c’est donc avant tout terriblement prenant – difficile de s’ennuyer tant cette musique enlace patiemment et puissamment narration et abstraction, sensualité et recherche formelle, sans faire poindre chez l’auditeur la moindre parcelle de migraine. Mais le récital continue. Encore une pièce imposante, avec ce second mouvement consacré à « un homme qui croyait dompter les éléments », précise Hervé Aknin. Démonstration de force magmatique, avec ces motifs repris à l’unisson par les voix, la guitare et la basse, transpositions fréquentes d’un ou plusieurs tons, passages instrumentaux massifs et quasi lo-fi, brutaux comme l’attaque d’un orque dans un océan démonté sous la tempête rythmique déchaînée par Vander, qui sue tant et plus. Puis les voix s’accordent de nouveau, tandis que les notes de guitare et de vibraphone saturent dans l’éclat rouge des projecteurs dont le crépuscule est balayé par un vent charriant des effluves de groove, de jazz, de rock pailleté par les derniers rayons solaires…

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© Z@ius / Next Movement

On est alors prêts pour un autre voyage, avec le plus récent Slag Tanz ; un début typiquement 70s, qui ferait presque penser à la BO d’un impossible polar de Jacques Demy, puis c’est le départ vers d’autres rivages, aux décors de péplum cette fois, sur lesquels règnent les choeurs d’immémoriales magiciennes. Piano et vibraphone déploient des toiles immaculées, la guitare déroule son riff sur deux tons, en crescendo et en decrescendo, et l’on est toujours autant captivés, entre rictus incrédule et sourire de satisfaction.
Ensuite, on a droit à la présentation des musiciens, acclamés tour à tour, puis les « forces incommensurables de l’Univers » (dixit Aknin) font ressentir encore un peu de leurs puissants effets sur Zombie, « une petite balade pour terminer ». Moins marquant, plus systématique, ce titre révèle davantage les limites du groupe – si je puis me permettre, avant de m’expliquer : celles (de limites) qui incombent au poids considérable du batteur dans les compositions, les autres instrumentistes ayant, de fait, pour tâche de modeler leurs partitions autour d’une carcasse qui, parfois austère et rigide, acquiert au final une sécheresse de mortier à prise rapide. Même s’il possède, je l’admets, l’enviable longévité des ciments de l’époque romaine, de ceux qui assurèrent la cohésion du Pont du Gard, par exemple… Je mets Gard…
Le groupe est reparti en coulisses. Le public, peu pressé d’abandonner la salle du TLV, et sa rêverie sans doute, reste encore un peu, à contempler la scène désertée, à analyser le concert, humant les vapeurs telluriques exhalées par le monstre. C’est donc dans un flot de conversations enthousiastes et bon-enfant que nous serons malgré nous doucement aspirés vers le hall puis vers le bitume de l’Ariane, transis déjà, mais emportant, enclos en nous précieusement, de bien beaux fragments de l’épopée Magma.

Line up : Christian Vander, batterie / Stella Vander, Isabelle Feuillebois & Hervé Aknin : chant / Bruno Ruder, piano / Benoît Alziary, vibraphone / James Mac Gaw, guitare / Philippe Bussonnet, basse.

Set-list : Rïah Sahïlthaak / Köhntarkösz (second mouvement) / Slag Tanz / Présentation des musiciens / Zombies.

Ecrit par Isabelle Pourcher

#PORTRAIT : Jean Auray – Le Luthier spécialiste de la contrebasse

Parmi les quelques luthiers spécialisés dans la fabrication de contrebasses, Jean Auray est certainement le plus couru au monde et tient une place particulière dans le coeur des jazzmen qui se sont rapidement pris d’affection pour les qualités remarquables de ses instruments. Environ 400 heures de travail par instrument, il faudrait attendre trois à quatre ans après commande d’une contrebasse à cet artisan qui ne s’est jamais « industrialisé ».

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Ecrit par Jean-Christophe Bournine

Label Blue Note

Blue Note

Le mythique label Blue Note vient de fêter ses 75 ans d’existence. Un anniversaire qui aura donné lieu à de nombreuses célébrations en tous genres : festivals, publications de livres ou rééditions de vinyls prestigieux.
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Ecrit par Trane

Portrait – François Chassagnite

Pour le quatrième anniversaire de sa disparition, Le Jazzophone ne pouvait que rendre hommage à ce grand musicien et à ce gentleman qu’était François Chassagnite.

François Chassagnite, né le 21 juin 1955 à Ussel en Corrèze, est décédé à Nice le 8 avril 2011. Il fut l’un des plus grands trompettistes de jazz français, voire internationaux. Fils de militaire, il commença par le clairon (!), avant de se tourner vers la trompette, qu’il maîtrisa rapidement.
La découverte du jazz fut pour lui capitale, et fasciné par les enregistrements de Louis Armstrong, il commença tout d’abord à oeuvrer dans le style New Orleans, puis se tourna vers le jazz moderne et le be-bop, à l’instar d’un Dizzy Gillespie. En 1976, à la fin de ses études de vétérinaire, métier qu’il n’exercera en fait jamais, il monte à Paris et court les clubs à la recherche de ses idoles, suivant en cela l’exemple de l’une des siennes, Miles Davis. Il rencontrera et jouera avec la plupart des jazzmen français et nombre de musiciens américains de passage à Paris. Il joue ainsi entre autres avec Guy Laffitte, Michel Graillier, les niçois Barney Wilen et Bibi Rovère, et développe un style riche et personnel, s’inspirant librement de celui auquel rendra un hommage émouvant, bien des années plus tard, dans l’album « Jubilation », je veux parler bien sûr de Chet Baker. Il est pris dans le tourbillon des clubs parisiens, personnage clé de ce qu’il appellera plus tard dans une interview donnée à l’auteur de ces lignes « le Swinging Paris ». S’ensuivent des tournées en Europe et à New York, et aussi en Afrique, continent dont la musique l’attire ainsi qu’il le manifestera dans l‘album « Sorgho ». Il se découvre aussi une passion pour le chant, et commence, lors de ses concerts, à entonner les mélodies des standards qu’il interprète d’une voix qui n’est pas sans rappeler celle de Chet, qui, d’ailleurs, dans un article resté célèbre, nomma François comme l’un de ses trompettistes favoris. Car son jeu n’a pas la rudesse d’un Hubbard ou d’un Lee Morgan, mais bien le lyrisme d’un Clifford Brown ou d’un Miles Davis. Je me souviens d’ailleurs à ce propos d’un grand « I remember Clifford » joué par lui avec une tendresse infinie. Au cours des années 90, il s’installe à Nice et obtient le poste de Professeur de trompette au CNNR de Nice, section jazz bien sûr. Il jouit immédiatement d’une grande popularité parmi les élèves, tant sont grandes « son écoute et sa proverbiale gentillesse » tel qu’en témoigne l’une d’entre eux, la chanteuse Deborah De Blasi. Parallèlement à cela, il participe au groupe « Epistrophy », où il retrouve le contrebassiste Bibi Rovère, ainsi que le pianiste Fred D’Oelsnitz et le batteur Bernard Weidmann. Puis, il enregistre l’album « Un Poco Loco » en compagnie toujours de Fred D’Oelsnitz, du bassiste Fabrice Bistoni et du batteur Yoann Serra. Album qui présente un hard bop de très belle facture. Une réussite. Il crée ensuite un quintet avec le saxophoniste Sébastien Chaumont et le pianiste Olivier Slama, quintet qui se produit dans nombre d’endroits de la Côte, ainsi qu’au festival de Marciac. Il rejoint également le pupitre de trompettes du Nice Jazz Orchestra dirigé par Pierre Bertrand.
Musicien de grand talent, au style inégalable, il se doublait d’un être humain de grande qualité, attentif et généreux. Son dernier enregistrement paru fut « Chat ssagnite », enregistré avec trois guitaristes dont Olivier Giraudo, et dont la pochette était illustrée par son ami de longue date (et fou de jazz !), le dessinateur Siné. Selon toute vraisemblance devrait paraître cette année son dernier enregistrement en public, le concert qu’il donna au CNRR en tant que membre du septet de Fred D’Oelsnitz, qui comprenait également Sébastien Chaumont au sax alto, Selim Nini au ténor, François Gallix à la contrebasse, Stéphane Foucher à la batterie et Sandrine Destefanis au chant. Après avoir donné un concert au club niçois « Le Sézamo » le 7 avril 2011, en compagnie de Seb et de la chanteuse américaine Denia Ridley, il s’éteint au petit matin d’une crise cardiaque. François restera un météore dans le ciel du jazz azuréen qu’il éclaira hélas brièvement, mais dont la lumière reste à jamais dans nos souvenirs.

Ecrit par Gilbert D'Alto

Franco Cerri – La guitare Jazz en Italie

Pourquoi écrire des articles sur le jazz italien ? Pour différentes raisons, la première est géographique. Ici sur la Côte d’Azur, nous sommes vraiment à côté de l’Italie et la musique comme langage et véhicule de communication permet beaucoup de rencontres et collaborations entre les musiciens italiens et français. La deuxième est que le premier disque de l’histoire du jazz a été publié par Nick La Rocca un trompettiste italo-americain né à New Orleans mais d’origine italienne. Les autres raisons sont que l’histoire du jazz est remplie de musiciens d’origine italienne, des pionniers comme Joe Venuti (Giuseppe Venuti) Eddie Lang (Salvatore Massaro) ou Buddy de Franco, Stéphane Grappelli, Tony Scott (Antonio Sciacca), Joe Pass (Giuseppe Passalaqua), Henry Mancini (Enrico Nicola Mancini), Lenny Tristano, Al Viola, Chick Corea, Al Di Meola, Joe Lovano, John Patitucci et les crooners Frank Sinatra, Dean Martin et Louis Prima…

Ok, c’est clair on a beaucoup d’italiens dans l’histoire du jazz, nous sommes d’accord, et également beaucoup de musiciens de jazz en Italie. Et pour le Jazzophone, je veux parler du père de la guitare jazz en Italie, Franco Cerri, né en 1926, avec qui j’ai eu la chance de collaborer quelques années. Il débute en 1945 avec l’orchestre de Gorni Kramer, et en 1949 il joue avec Stéphane Grappelli et Django Reinhardt pendant deux semaines à l’Astoria club de Milan. Pendant les années suivantes, plusieurs collaborations avec Lee Konitz, Gerry Mulligan, Shirley Bunnie Foy, Tony Scott, Billie Holliday et Chet Baker (dans l’enregistrement de « Chet Baker in Milan », il joue de la contrebasse). Il a aidé la diffusion du jazz en Italie avec la direction pour la télévision de beaucoup de programmes dédiés à cette musique. En 1973 il forme un nouveau groupe avec les meilleurs jeunes musiciens de l’époque, la crème de la crème : Pino Presti à la basse électrique, Tullio de Piscopo à la batterie, Giorgio Baiocco au saxophone et Nando De Luca au piano,. La sonorité change, devient beaucoup plus âpre et électrique. Franco est très connu pour sa manière d’harmoniser la musique. En Italie on dit souvent entre musiciens « joue des accords à la Franco Cerri ».

Une carrière très, très, longue. Beaucoup de belles rencontres, plusieurs livres didactiques écrits sur la guitare, une discographie énorme avec les plus grands musiciens et, en 1987, il devient professeur et président de l’école de musique Civica à Milan.

Franco a aujourd’hui 90 ans. Il est toujours en activité et donne des concerts dans le monde entier. C’est une personnalité dotée de beaucoup d’humour et d’énergie, c’est vrai que la musique rallonge la vie et fait rester jeune dans l’esprit !

 

Ecrit par Claudio Citarella
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