#JAZZ&HISTOIRE Treme

TREME par Monique Bornstein

Créé vers 1800, Treme est le quartier qui sonne le mieux au monde, celui où est né et où a grandi Louis Armstrong.

Situé au cœur de La Nouvelle-Orléans, il est le plus ancien quartier Africain-Américain des États-Unis. A l’époque de l’esclavage aux États-Unis, c’est là que vivaient les noirs non-esclaves.  Suite →

Ecrit par Monique Bornstein

#INTERVIEW Monique Bornstein

Monique Bornstein, peintre qui vit et travaille à Villefranche-sur-Mer, (son atelier/galerie est situé au-dessus de celui qu’occupait Jean Cocteau) c’est l’histoire de deux passions, celle de la peinture, qu’elle pratique avec succès depuis de nombreuses années et qui l’a menée à exposer aux quatre coins du monde, des USA (New York, Miami et surtout la Nouvelle-Orléans) à l’Angleterre en passant par la Suisse, les Pays-Bas, le Canada, Paris, Londres, Bruxelles, etc… et celle du jazz dont elle passionnée depuis l’adolescence, et qui constitue l’un de ses sujets de prédilection, comme on peut le constater dans le magnifique livre qu’elle a consacré à la Nouvelle-Orléans « Spirit of New-Orleans » où ses portraits de musiciens légendaires de la ville comme (entre autres) Fats Domino ou Allen Toussaint, la famille Marsalis ou James Andrews et son frère Trombone Shorty, et d’autres, moins connus, mais tout autant magnifiés, vous sautent au visage, criants de vérité et de swing. Le livre est en outre truffé d’anecdotes, drôles, touchantes ou pittoresques.

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Ecrit par Gilbert D'Alto

#JAZZ&HISTOIRE Nola est aussi Funky

Jazz et Histoire par Gilbert D’Alto
NOLA est aussi Funky!

Lorsqu’on évoque le Funk, un nom vient tout de suite à l’esprit, celui de James Brown, né à Macon, Georgia. Mais peu de gens savent que les origines du funk ,cette musique qui nous vient de la soul et du jazz, remontent aux années 1950 à La Nouvelle-Orléans où l’idée de ces rythmiques est venue des bars  qui étaient pauvres et ne possédaient qu’un piano pour distraire la clientèle. Le piano était pour les musiciens l’instrument idéal pour synthétiser à la fois la basse, la batterie, la guitare, le chant ou les cuivres sur un seul instrument. Le mot «Funky»  fut employé la première fois par le batteur néo -orléanais Earl Palmer pour indiquer à ses musiciens la couleur qu’ils devaient jouer. Le funk débarqua ensuite dans les rues de La Nouvelle-Orléans, interprété par les Brass Bands, mais le piano reste l’instrument mythique dans lequel se sont illustrés des musiciens aussi typiques de la musique néo-orléanaise que Professor Longhair, Dr John , dont la vie est un véritable roman et qui commença sa carrière à 14 ans dans les bouges et les maisons de passe du French Quarter. Ou encore le légendaire  pianiste et producteur Allen Toussaint, qui produisit d’ailleurs le hit planétaire, soul-funk de NOLA « Lady Marmalade « pour Patti Labelle, et dont les paroles « He met her in down in old New Orleans , struttin her stuff on the street’’ et le refrain en français « Voulez vous coucher avec moi ce soir ? » ont fait le tour du monde.

Le funk de la Nouvelle Orléans se caractérise donc par cette rythmique bringuebalante unique au monde, et un apport fort  des cuivres , spécialement trombone et trompette. D’ailleurs la trompette est l’un des instruments rois de la Nouvelle-Orléans, dont plusieurs stars de l’instrument sont originaires , citons Buddy Bolden,  Louis Armstrong, Louis Prima, Wynton Marsalis, Terence Blanchard, Christian Scott…Mais revenons au funk, et à celui de Nola en particulier ( NOLA est l’acronyme de New Orleans, LouisianA), Son originalité s’explique par le fait que New Orleans, , ville autrefois française , berceau de l’un des plus grand mélanges de population des USA ( Noirs, Hispaniques, français, Créoles, italiens , etc) de par son histoire musicale et l’existence de son carnaval était prédisposée à être l’un des berceaux du funk. L’instrumentation y est dépouillée, le jeu y est débridé et foisonnant, aux croisements du rhythm and blues, de la soul et du jazz. Depuis les années cinquante et celles qui ont suivi, se sont illustrés nombre de grands artistes dans cet idiome, qui l’ont chaque fois personnalisé et modifié . Parmi ceux -ci nous pouvons citer  Irma  Thomas, «  the soul queen of New Orleans ( mais qui dut fuir la ville quand sa maison fut dévastée par l’ouragan Katrina),  les grands vocalistes Betty Harris ( « Soul perfection ») ou Aaron Neville ( «  Tell it like it is » «Hercules « , deux hits majeurs ) les  précités Allen Toussaint et Dr John , Chocolate Milk , produits par Toussaint et auteurs d’un morceau-phare,  aux paroles très engagées «Action Speaks Louder Than Words », les Meters, qui étaient les musiciens de studio les plus courus d’Amérique, auteurs du classique du NOLA Funk «Cissy strut » et qui firent une tournée mondiale en 1ère partie des Rolling Stones , (grands amateurs, Keith Richards surtout,  de musique néo-orléanaise , ils employèrent Dr John, , reprirent « Time is on my side «  d’Irma Thomas , et produisirent l’album des Neville Brothers «  Fiyo on the bayou ») . Les Neville Brothers, issus des Meters,  furent  justement l’incarnation même du son funk de New Orleans dans les années 90, en particulier avec l’album « Yellow Moon »produit par Daniel Lanois. Cet album  fit l’objet d’un mythique concert filmé, auquel ont participé des invités prestigieux comme Herbie Hancock ou John Hiatt.
A  l’heure actuelle le funk est toujours très vivant à la Nouvelle-Orléans et des musiciens comme Kermit Ruffins, le Dirty Dozen Brass Band ou bien sur Trombone Shorty  « Keep the spirit alive » ( gardent  l’esprit en vie ) . New Orleans Funk is here to stay.

Ecrit par Gilbert D'Alto

#JAZZ&VOYAGE Jazz Tour

Par Corinne Naidet & Jacques Lerognon

On ne va pas en Louisiane par hasard. Cet état du sud engendre chez tout amateur du jazz des images de fanfares déambulant dans les rues jusqu’au bout de la nuit, à la rythmique étincelante et bruyante, des rêves de clubs où se succèdent, all night long, des groupes talentueux composés- entre autre- des musiciens maniant le washboard, le banjo. Car on est bien ici dans le mythe, la Nouvelle Orléans étant très officiellement le lieu où naquit et prospéra le jazz. Le voyageur part, il faut bien l’avouer, avec une image d’Épinal où la communauté noire, depuis les champs de coton des anciennes plantations jusqu’aux usines polluantes actuelles, se délasse et s’éclate en improvisant une jam session sur le pas d’une maison en bois. Et quand le susdit touriste débarque à la Nouvelle Orléans, imprégné des images de Katrina et ayant dévoré tous les épisodes de la série Treme, quelle n’est pas sa surprise de voir-et d’entendre- que son imagination ne lui jouait pas des tours. Voici une visite subjective en six albums et une dizaine de lieux, de la Nouvelle Orléans jusqu’au fond des bayous pour finir dans la ville de la culture et de la musique cajun, Lafayette.

Exterieur Nuit: Commençons par le passage obligé : Bourbon Street où les prostituées côtoient les texans en goguette, plus intéressés par l’alcool et le sexe que par la musique. Pourtant, les volutes d’une bonne vielle clarinette dixieland chuinte à travers la porte entrouverte d’un club réputé. Rentrons…

Non loin, dans une petite rue perpendiculaire, un des endroits les plus fameux du French Quarter, le “Preservation Hall”. Dehors, badauds et amateurs attendent le début du prochain set, l’orchestre maison est là ce soir, le Preservation Hall Jazz Band assure toute la nuit de 18 à 22h par périodes de 45′. Leur jazz traditionnel est teinté de funk quelques peu épicé à la sauce cubaine. Charlie Gabriel (85 ans) a toujours bon pied bon œil.

Preservation Hall Jazz Band : So It Is (Legacy)

La déambulation se poursuit vers Frenchmen Street, un coin de rue, un rassemblement, un Brass Band fait l’aubade aux touristes. Trompettes, trombones et tubas invoquent les dieux du jazz et de la bière. Ambiance festive, le chapeau passe, les dollars remplissent vite la casquette Nike. Cela aurait très bien pu être, le Treme Brass Band, mais ils jouent ce soir-là, non loin, au 668 sur la scène du DBA.

Treme Brass Band: Gimme My Money Back (Arhoolie Records)

 

Il est trop tôt pour se coucher. Au cœur du quartier Marigny, le Spotted Cat nous tend les bras. Le trompettiste John Zarsky et ses Trad Stars jouent une version très pimpante de “When I’m 64” des Beatles. Un groupe jeune, sympa et rieur. Nous resterons un moment à profiter de leur jazz traditionnel des années 20-40 qu’ils préfèrent malicieusement nommer “Archaic Pop”. C’est sur le chorus de banjo de “Suck My Dixieland” que l’on se fond dans la nuit.

The Trad Stars “One Night Only” (Bandcamp) 

Extérieur Jour: La Royal Street est piétonne, des bars, des restaurants, des échoppes.  Et des musiciens. Place au blues traditionnel ou presque. Un washboard, une guitare resonator, un ampli. Des reprises, des compos. On s’arrête, on écoute, on repart puis on revient, un air connu. Non, juste le plaisir. Dans le flight case, des CD autoproduits, des billets de 1$.

Brad the Washboardist  (Youtube)

Interieur Jour: C’est l’heure d’un petit rafraichissement. Au Bamboola’s, cocktails express. Mark Rubin, un mandoliniste et un guitariste Chip Wilson, égrainent des complaintes entre blues et country. Mais le battement de pied est bel et bien swing. Mark raconte qu’il peut fait jusqu’à sept sets par jour pour gagner de quoi subsister. Il ne dédaigne pas, certains soirs, sortir son tuba pour jouer du ragtime ou dans un orchestre Klezmer. C’est aussi ça la Nouvelle Orléans.

Mark Rubin Jew of Oklahoma: Southern Discomfort (Rubinchik Recordings)

Quittons la ville pour le nord, les bayous. Rythme de vie apaisé. Un groupe de blues rock répète en plein après-midi dans un troquet sombre. Plus tard, autour d’une assiette d’alligator sauce piquante, soirée dance. Octogénaires endimanchés exécutent de belles passes de rock au son du petit orchestre local.

Enfin Lafayette et une “songwriters night” :  chacun teste ses compos devant un public bienveillant. Changement d’atmosphère, non loin. La Blue Bayou Jam Session. Jusqu’à 15 musiciens sur la petite scène extérieure. Les anciens accueillent les plus jeunes avec leur mandoline, violon ou simple paire de cuillères. L’accordéon diatonique en Do mène la danse, du cajun, de la zydeco mais aussi et en français, une petite bourrée.

Jamie Bergeron & The Kickin’ Cajuns: Your New CD! (KC Entertainment)

Laisse le bon son rouler!

 

Ecrit par Corinne Naidet

#JAZZ&HISTOIRE Du silence à la résistance

Jazz & Histoire

Du silence à la résistance

Par Corinne Naidet

« Le Jazz ici en Allemagne c’est devenu pire  qu’un virus ». Ainsi s’exprime un des musiciens qui doit fuir l’Allemagne en 1939 dans le roman “3minutes 33 secondes”. Titre qui correspond au temps d’enregistrement d’un morceau de Chip Jones et Sid Griffiths, deux Américains qui rejoindront les États-Unis tandis que le troisième musicien, Hiéro Falk, le môme,  métis allemand, était arrêté à Paris puis déporté. Des années plus tard, alors que Chip et Sid reviennent en Europe pour assister à un film en hommage à Hiéro, le premier annonce au second que leur ami n’est pas mort en déportation mais les attend, chez lui, au fin fond de la Pologne. Commence un long voyage à travers le temps; Sid revivant les derniers mois en Allemagne, leur fuite à Paris, leur errance. Mais surtout les trahisons, les lâchetés de certains en ces temps délétères. Les moments de grâce aussi, leur rencontre avec Louis Armstrong dans la capitale française au moment de la drôle de guerre. Et puis la musique et le talent du môme, Hiéro quand il soufflait dans sa trompette.  « La musique aurait retenti comme une sirène de navire qui sonne au large dure, brillante, claire. Le môme, putain, il la rendait trouble, en faisant passer les notes pas seulement par-dessus les mers, mais aussi à travers la terre. ». En 1940, Hiéro se tut.

Les protagonistes de ce roman sont fictifs mais ils nous permettent d’évoquer ce qu’il advint du jazz sous le national-socialisme. Dés l’automne 1935, Eugen Hadamnovsky, directeur de la radiodiffusion allemande bannissait totalement tout ce qui pouvait ressembler à ces “musiques de nègres ou de juifs”. La culture nazie -oxymore ?- se devait d’éliminer toute trace de métissage, tout art dégénéré, lorsque celui-ci était issu de races impures ou  du “bolchevisme musical”.  En 1937 fut organisé le salon des arts dégénérés à Munich : des milliers de toiles furent ainsi décrochées des musées et certaines furent exposées afin de montrer  ” La souillure de l’étranger” de l’art moderne. Une année plus tard se tiendra à Düsseldorf le salon des musiques dégénérées : là où la cadence, l’ordre des musiques officielles résonne avec les marches lors des défilés ou des exécutions dans les camps de concentration, le swing et les improvisations ne sont qu’une dégénérescence de cet art. L’affiche de cette exposition montre un saxophoniste noir porteur de l’étoile jaune : c’est un détournement avilissant de l’opéra jazz d’Ernst Krenek, Jonny spielt auf, créé dans les années 20. Wilhelm Furtwängler, promoteur de la musique officielle nazie se plaisait à dire : « Il y a dans la musique des choses qui ont une valeur éternelle. Il y a un fossé entre elles et la musique de jazz. » Conséquence immédiate, les compositeurs et interprètes de ces courants musicaux se virent très vite privés de moyens d’expression et donc d’existence. Beaucoup n’eurent d’issue que le suicide.  A la censure suivront les arrestations et les déportations. Ainsi Martin Roman, pianiste de jazz, est enfermé à Theresienstadt, où il est contraint de jouer dans un film montrant les Ghettos Swingers, ou comment les prisonniers pouvaient se distraire dans ce camp de la mort. Avec d’autres artistes, ils furent ensuite emmenés à Auschwitz. Il survécut, contrairement aux autres, exécutés dès l’arrivée au camp.

D’un autre côté, à Berlin comme dans toutes les autres grandes villes, en particulier à Hambourg, “les swings kids” font de la résistance. Ainsi que les zazous, en France, une forme de résistance apparait : on organise des concerts dans des caves, ou même dans la rue et des guetteurs préviennent les participants et les musiciens de l’arrivée de la Gestapo. Cela parait dérisoire, mais certains d’entre eux s’engageront ensuite plus politiquement dans des mouvements comme la Rose blanche de Hambourg, s’opposant ouvertement à Hitler. A l’époque, détourner “Sieg Heil” en “Swing Heil “, c’était déjà un acte héroïque. Le jazz représenta donc un symbole important comme l’explique le tromboniste Albert Mangelsdorff : « Le jazz n’était pas seulement pour nous un symbole de joie de vivre. Le jazz symbolisait la liberté, et représentait donc le contraire de ce qui nous dominait. Les gens qui ne voulaient rien avoir à faire avec les nazis se sont, disons, réfugiés dans le jazz. »

Sources bibliographiques :

3minutes 33 secondes, Esi Edugyan, Liana Levi, 2013.

Le nazisme et la musique dégénérée, espritsnomades.com

Des antinazis méconnus, la jeunesse swing, Jean Luc Bellanger, Le patriote résistant, mars 2017.

Ecrit par Corinne Naidet

#SurLaPisted’Un33Tours Weldon Irvine “Time Capsule”

Weldon Irvine, Time Capsule, Nodlew music

Figure tutélaire incontournable du jazz fusion des années 70 et plus tard du hip-hop, Weldon Irvine demeure néanmoins un artiste méconnu du grand public. Time Capsule, second opus du pianiste natif de Virginie, offre une des meilleures entrées en matière pour découvrir la sensibilité et le groove irrésistible de celui qui influencera nombre de ses contemporains, jusqu’à devenir le mentor d’un Q-Tip ou d’un Mos Def.

En 1973, date à laquelle paraît ce second album sur le label Nodlew fondé par Irvine, celui-ci score déjà quelques faits d’armes, et pas des moindres : chef d’orchestre et parolier de Nina Simone, il est notamment l’auteur en 1969 de “Young, Gifted and Black”, le fameux hymne aux droits civiques qui fut l’un des morceaux les plus populaires de la diva militante. Inspiré par la pièce To Be Young, Gifted And Black regroupant des manuscrits posthumes de la dramaturge Lorraine Hansburry, les paroles de la chanson hommage convoquent l’espoir et la fierté d’une communauté bafouée.

Les années 70 s’ouvrent, héritières de l’esprit combatif et protestataire des mouvements pour les droits civiques. Pétri de cette conscience sociale, Weldon Irvine s’engage davantage vers un dialogue introspectif et une réflexion sur les forces spirituelles et cosmiques qui régissent la marche de l’univers. Jazz, funk, soul, musique latine et blues fusionnent pour préfigurer ce qui sera plus tard à l’origine de l’acid jazz : “J’ai appelé ça du rock-jazz à l’époque”, dit Irvine. “J’écrirais une ligne de basse avec laquelle James Brown serait à l’aise, et j’aurais un motif de batterie de R & B avec cette ligne de basse, puis j’emprunterais une mélodie de mon expérience de jazz et je l’assemblerais.” 

Les 8 morceaux de l’album révèlent le brio de ce style qui s’affirme, où les influences entrent en résonance au sein d’un kaléidoscope funky. Time Capsule est un legs aux générations futures : oeuvre de sauvegarde collective, l’album empreint de spiritualité est conçu comme un témoignage pour l’avenir. Au mélodica, au Fender Rhodes ou à l’orgue Hammond, Weldon Irvine entre en symbiose avec ses musiciens pour offrir une œuvre lumineuse et réflexive. La voix chaude du poète agrémentée des récitations de Charlette Cook distille l’Amour comme lien indissoluble entre les hommes et les peuples, sur un rythme scandé annonçant le rap des origines. “Nous, les plus honnis d’entre tous, devront prendre la haine dans nos mains, et, par le miracle de l’amour, le transformer en espoir”, se souvient Maya Angelou à l’écoute du révérend Martin Luther King. Une capsule temporelle … ou intemporelle ?

Playlist :

1 Time Capsule

2 Feelin’ Mellow

3 Soul Sisters

4 Deja Vu

5 Watergate-Don’t Bug Me !

6 Spontaneous Interaction

7 I Am

8 Bananas

Ecrit par Benjamin Grinda

Les bons conseils du Docteur Jazzophone #1

Ami(e) lecteur(trice) du Jazzophone, je perçois ton regard dubitatif à la simple lecture du titre de cette chronique. Tu te demandes en quoi je vais pouvoir t’aider et surtout pourquoi je me permets de te tutoyer. Passons sur le second point, sans intérêt, et concentrons-nous sur le premier : je suis là pour te sortir des ennuis dans lesquels tu t’es mis tout seul.

En effet, lorsque tu as rédigé ton curriculum vitae, tu as bien précisé que le jazz était une de tes passions (sans oublier la littérature et le running à l’instar de tous les mythomanes que nous sommes). Malheureusement pour toi, le recruteur est également féru de jazz et il te pose aussitôt la question piège : quel type de jazz affectionnez-vous ?

Tu peux tenter de t’en sortir par toi-même. Prétendre que tu es à la pointe du jazz nordique en utilisant des noms de meubles d’une célèbre marque suédoise comme noms de groupe. Je te le déconseille car on ne peut pas dire que tu aies eu la main heureuse jusqu’à présent et ce serait dommageable que ton interlocuteur poursuive sur le dernier album de Nils Landgren Funk Unit. Echec et mat !

Du coup, qui va être ton ange gardien ? Le Docteur Jazzophone !

Solution n°1 : tu peux utiliser la pirouette Miles Davis. Le garçon a traversé tous les courants du jazz et la probabilité est très faible que la personne en face de toi n’apprécie pas au moins un disque voire une période. Laisse-le venir et tu n’auras plus qu’à acquiescer en bougeant la tête comme un chien sur la plage arrière d’une voiture.

Solution n°2 : tu es d’un naturel fourbe et tu lances en pâture le nom d’Avishai Cohen. Dubitatif, le recruteur te demande « lequel ? ». Tu le regardes d’un air condescendant en disant : « le meilleur des deux ». Fin de la conversation. Il n’osera poursuivre sur sa lancée de peur d’être ridicule.

Solution n°3 : tu as décidé de suivre le chemin de la raison et de t’intéresser de plus près à cette ligne inscrite dans ton cv. Le Docteur Jazzophone va t’accompagner dans cette démarche constructive et te livre sur un plateau le Top 3 des albums qui tournent actuellement sur sa platine : le pianiste Alfa Mist « Antiphon » (le titre introductif de presque 11mn, « Keep on », est un des morceaux de l’année), le trompettiste Ambrose Akinmusire « A rift in decorum (live at the Village Vanguard) » (quel enthousiasme) et Maurice Brown, trompettiste également, « The mood » (mélange soul & Jazz).

Si après cela, le recruteur reste hermétique et sceptique, nous t’autorisons à lui communiquer l’adresse du Jazzophone. Nous nous occuperons du service après-vente avec un stage de rééducation auditive.

Ecrit par Cyril Hely

Yes We Cannes

Yes we Cannes ! par Gilbert D’Alto

Si Cannes est la ville de la Côte d’Azur la plus connue internationalement, c’est bien sûr grâce à son Festival international du Film, mais on sait moins qu’à l’instar de ses illustres voisines Nice et Antibes, Cannes a eu un passé marqué par le jazz et a aussi, nous allons le voir, un présent.

Dès l’après-guerre, et pendant les années cinquante, l’orchestre du Palm Beach Casino voit passer dans ses rangs des gens comme Django Reinhardt, Claude Bolling (né à Cannes), Sacha Distel, Eddie Barclay qui emmène avec lui son trompettiste et arrangeur le jeune Quincy Jones (qui depuis passe régulièrement ses vacances à Cannes) et toute une pléiade de jeunes musiciens qui deviendront célèbres par la suite, à l’instar de Quincy. Il faut dire qu’à l’époque Cannes est la destination d’été de tout ce que le monde des arts et des lettres compte de célébrités (Picasso, Cocteau, Yves Montand, etc.). C’est ainsi qu’à lieu en 1958 le premier Festival de Jazz de Cannes  qui fait suite à celui de Nice de 1948. Ce festival qui se déroula dans la salle du palais des Festivals du 11 au 13 Juillet 1958, présenta des musiciens tels que Stan Getz, Sidney Bechet Joe Turner, Ella Fitzgerald, Coleman Hawkins, Roy Eldridge, Dizzy Gillespie et le voisin niçois Barney Wilen. Le festival fut filmé par l’ORTF, on peut le retrouver dans son intégralité sur trois DVD publiés par l’INA.

Puis vinrent les années soixante, la création de Jazz à Juan, et s’en fut fait du jazz à Cannes pour plusieurs années. Mai, dès les années 70, quelques passionnés, tels les irréductibles Gaulois, reprirent le flambeau. C’est ainsi que le batteur cannois  Bernard Weidmann créa à la MJC PIcaud un jazz club qui programma des musiciens comme le tout jeune Jean-Marc Jafet , à l’époque encore batteur .

En 1994, à l’initiative de la municipalité, le Festival de jazz de Cannes revit le jour jusqu’en 1996 avec des concerts partagés entre le Palm Beach et le Palais des Festivals, avec des artistes comme Nina Simone  ou encore Robben Ford, et une dizaine d’orchestres de style New -Orléans qui paradaient dans toute la ville.

Le MIDEM lui aussi consacre durant chacune de ses éditions au moins une soirée au Jazz.

L’infatigable Bernard Weidmann , toujours  passionné, a depuis créé un nouvel endroit à Cannes dédié au jazz, le «  Mimont Jazz Club » au sein de l’Espace Mimont, et programme d’Octobre à Juin,  les premiers samedis du mois ,des concerts  qui présentent des musiciens de très grand talent tels que Pierre Marcus ou  l’étoile montante du piano Frédéric Pérréard, avec une belle ferveur.

Toujours à Cannes, Frédéric Ballester a créé,depuis 2003, avec l’aide la municipalité,  le Festival Jazz à Domergue au mois d’août dans le somptueux décor de la Villa Domergue, et  qui présente des artistes nationaux et internationaux tels que Richard Manetti ou  la chanteuse Malia.

Saluons enfin le travail  de la Médiathèque Noailles  et de son programmateur Jean- Pierre Fettuciari qui présente dans le cadre de ses « Afterworks » des concerts gratuits  qui ont accueilli des jazzmen aussi prestigieux que Christian Vander ou Stéphane Belmondo. Et depuis peu, tous les 1ers jeudis le Théâtre Alexandre III présente du jazz avec des musiciens comme Frédéric Viale ou Jowee Omicil.

Jazz?

Yes, we Cannes !

Ecrit par Gilbert D'Alto

#PORTRAIT Dizzy Gillespie

De tout temps, les hommes ont ressenti le besoin de s’accrocher à des mythes, des anecdotes croustillantes qui nourrissent leur imagination et leurs fantasmes en matière de musique.

Pour le rock, la seule évocation d’Altamont, de Newport 1965 et de Woodstock pour ne citer que ceux-là suffit parfois à donner une saveur délectable à la musique.

Il en est de même pour le Jazz et je vous invite à fermer les yeux.  Imaginez-vous dans la Big Apple à l’aube des années quarante…

Oui, vos paupières sont closes et en deux temps, trois mouvements, vous vous retrouvez au Minton’s Playhouse, 210 West Est 134 th ou encore au Monroe’s Uptown, 198 West 134 th en  plein Harlem  dans ce quartier mythique qui résonne comme un cri de ralliement  du mouvement black and proud.

Regardez bien la scène. Oui. De jeunes musiciens sont prêts à s’affranchir du son mainstream qu’a désormais le Jazz pour eux. Leurs noms ? Des inconnus notoires tels que Charlie Parker, Max Roach, Monk et Dizzy Gillespie. Dizzy : Le vertigineux.

Dizzy Gillespie aurait eu cent ans ce 21 Octobre 2017 et  il nous semblait important de rendre hommage à ce révolutionnaire. Dans l’inconscient collectif Dizzy ne serait-il pas désormais trop relégué au rang de simple homme charmant à l’humour ravageur ? Celui qui faisait gonfler ses joues à bloc, un peu comme un crapaud dans une trompette au pavillon incliné vers le haut. Trop réducteur ! Dizzy était bien plus que cela. Compositeur de nombreux standards, musicien novateur et technicien hors pair, Dizzy et ses amis vont bousculer et renverser les constructions harmoniques de leur musique. Adieu le swing ! Place au Be Bop pour Dizzy et sa bande de joyeux larrons ! Ils vont mettre le feu aux clubs de la 52ème avenue et  mythifier une époque et un son ! Des avalanches de notes jouées à une vitesse supersonique, des cascades de sons dans un déluge sonore  qui laissent stupéfaits les spectateurs. Une tempête. Le jazz sera métamorphosé à jamais. Pour notre grand plaisir.

Lassé des gigs de musiciens de quartets et autres quintets de clubs, fatigué de la vie dissolue du « Bird »  (il retournera cependant enregistrer avec lui), Dizzy entrevoit d’autres styles  et surtout de nouveaux horizons.

Cap  sur  l’introduction de la musique latine dans son jazz.  Des couleurs du sud dans sa sonorité et son phrasé. Nouveau tournant. Jusqu’au bout Dizzy prouvera que seul l’amour de la musique compte et ses passages télévisuels où il sait s’auto parodier seront savoureux. Souvenez-vous par exemple de sa prestation au Muppets Show. C’est dans ce programme, qu’enfant je l’ai découvert.

Plus que jamais le Be Bop et son héritage sont vivants. Je ne sais s’il en sera de même pour vous, mais moi, en écrivant cet hommage, j’ai ressorti mes disques, du style de ce « Bird and Diz » de 1952 paru chez Verve  et je n’ai vraiment pas envie de les ranger.

Oui les mythes et légendes restent, alors je ferme encore une fois les yeux, pose le bras de la platine sur mon disque et retourne à Harlem, là où tout a commencé, Monsieur Dizzy.

Ecrit par David Rompteau

Parole de Jazz #6

Comment faire aimer le Jazz a un Rocker.

Très jeune, je travaillais chez Barclay records, comme assistant-ingénieur du son, (le va chercher quoi !). J’écoutais en boucle les tubes, les nouveautés américaines et anglaises des années 60 et 70. Le rock, le rhythm and blues etc… étaient ma nourriture quotidienne.

Dans cette maison de disques, on enregistrait toutes les nuits, des chanteurs français, qui revisitaient les standards d’outre-Atlantique. La diffusion de la musique était régie par quelques radios françaises et surtout par une radio pirate qui nous faisait découvrir une musique qui nous mettait en transe.

Une nuit, après avoir enregistré un énième chanteur français en devenir, vers 5 heures du  matin, notre directeur artistique, Leo Missir, nous invita à prendre un petit déjeuner chez lui. Il faut rappeler que Monsieur Missir était la sommité dans le milieu du show-bizness de l’époque, découvreur de beaucoup de talents et directeur artistique de l’orchestre d’Eddy Barclay.

Arrivés chez lui, nous étions impressionnés par sa collection de vinyles, et surpris de voir des noms de musiciens inconnus. Il nous demanda à nous les petits jeunes, si nous aimions le Jazz.

Il faut vous dire que ce n’était pas une musique que nous avions en stock dans nos mémoires, mes parents écoutaient Tino Rossi, Luis Mariano et d’autre musiciens de cette génération, le jazz était pour eux un souvenir de guerre quand les Américains avaient débarqué.

Nous étions complètement ignorants de ce style de musique. Pour nous, les jeunes rockeurs…, c’était une musique de vieux.

Il a commencé par sourire et a posé sur sa platine un disque de Louis Armstrong. Ouf ça nous avions déjà entendu, puis au fur et à mesure, nous a passé tous les grands standards du jazz, en prenant soin de nous expliquer et nous faire découvrir l’évolution de cette musique. Il est devenu une sorte de professeur, sans être ennuyeux.

Nous avons fini vers midi, complètement éblouis et conquis par cette découverte.

Depuis ce jour le Jazz est entré dans ma vie artistique. Je suis resté un rockeur, mais mes oreilles se sont habituées à écouter cette musique « de vieux » me permettant de comprendre l’influence qu’elle a eue sur les autres styles de musique. Je ne dis pas que je suis passionné de Jazz, mais grâce à cette matinée éducative j’ai pu découvrir petit à petit « mon » Jazz.

Dans toutes activités artistiques, un bon pédagogue aide à comprendre et apprécier un art qui parait difficile.

Éducation Nationale à bon entendeur salut.

Ecrit par Jacky Ananou
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